L’ île aux chiens

Animal Farm

Japon, futur proche. Dans une ville imaginaire, les chiens succombent peu à peu à une étrange épidémie. Pour endiguer la propagation, le maire va alors exiler toute la population canine sur une île désertique. Son pupille va alors s’engager dans une opération de sauvetage, pour exfiltrer son propre chien des griffes de l’enfer.

Un conte en ouverture. Un spectacle de marionnettes japonaises dont l’archipel est si friand. Une légende où les hommes et les animaux s’entredéchirent jusqu’à l’arrivée d’un sauveur. Animaux savants et parlants s’opposent à la ségrégation des hommes.

Pour son neuvième long-métrage, Wes Anderson opte pour un film d’animation en stop-motion. Dès les premières minutes et jusque l’acte final, le cinéaste brille par sa maîtrise du procédé, gratifiant chaque protagoniste d’une âme de celluloïd, les rendant vivants scène après scène, plan après plan.

Pour le reste, le réalisateur a annoncé son attrait pour la culture japonaise et Akira Kurosawa en particulier. Le long-métrage respire les références au maître nippon que ce soit pour le Chambara mais également pour le cynisme affiché dans ses polars, Les salauds dorment en paix et Entre le ciel et l’enfer, en tête. Graphiquement, il puise ses références chez Tarkovski et Kubrick, trouvant ainsi une identité protéiforme.

Dans ce conte moderne, Wes Anderson n’épargne personne et égratigne tout le monde, pour accoucher d’une fable politique et animale que n’aurait pas renié George Orwell. Il traite ainsi de la peur latente de la surpopulation, celle toujours existante de la ségrégation, et des dangers d’un Darwinisme omniprésent. Il déplace ainsi les enjeux socio-politiques d’une époque au Japon, terreau favorable de par son Histoire à certains excès.

On y voit alors la quête touchante du jeune Atari, parangon vertueux et descendant du héros de la légende introduisant le long-métrage. Parti dans le no ’man’s land animal à la recherche de son chien Spot, il va changer des enjeux intimes en un combat universel. Dans un décor post-apocalyptique où tous rêvent de vivre quelques minutes de plus, il est difficile de revenir à la raison, à la docilité. La décharge poubelle qui sert de décor contraste avec la rutilance de la salle de contrôle ou l’auditorium aseptisé. Dans ce confinement, le metteur en scène s’amuse une fois de plus à miniaturiser le monde sans jamais oublier ce qui en fait l’essence, avec des archétypes simples mais efficaces. Garçon candide, scientifique au combat sans espoir, lanceuse d’alerte, politiques corrompus, chiens revêches au cœur tendre, chien fidèle, victime de l’apparat, Anderson passe en revue tous les acteurs  inhérents à une révolution sociale. Désireux d’ajouter ce caractère critique à son œuvre humaniste, le cinéaste ne ménage pas ses efforts dans sa volonté ostensible de toucher et de faire mouche par son discours engagé.

Pourtant c’est bel et bien cette farouche tendance à vouloir trop bien faire et surtout trop en faire qui trahit son film à la longue. Si la narration ne perd pas en fluidité, ce à aucun moment, elle ne gagne pas en revanche un véritable souffle émotionnel ou épique contrairement aux velléités évoquées. Si la satire sociale abonde dans le sens d’un récit cloisonné par ses propres ambitions, le sentimentalisme qui afflue dans ses veines dessert peu à peu l’exigence du propos. Si le combat est légitime et le portrait toujours juste, l’analyse de la situation nuit de par sa complexité à la compréhension même de l’intrigue.

Certes, Wes Anderson réussi son pari de divertissement intelligible et intelligent. Certes, il affiche avec soin son amour pour les maîtres d’antan. Mais il oublie par moments que ces derniers n’avaient point tendance à l’esbroufe, esbroufe qui est trop souvent sa marque de fabrique. Même s’il retrouve parfois l’humanisme de Kurosawa, il n’en tire pas cependant la nuance délectable du réalisateur des Sept Samouraïs.

Film d’animation américain de Wes Anderson avec les voix de Bryan Cranston, Frances Mc Dormand, Edward Noton, Liev Shreiber. Durée 1h41. Sortie le 11 avril 2018.

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture