Premières dames, femmes de l’ombre

Un journaliste émérite

 

Pendant des années, Robert Schneider a écumé les rédactions des grands magazines parisiens. On l’a connu chef du service politique de l’Express jusqu’en 1981, rédacteur en chef et chef du service politique du Nouvel Observateur ensuite. Il a publié une biographie de Michel Rocard (Stock, 1987), ce qui l’a amené à s’intéresser à la relation unissant l’ancien candidat du PSU à François Mitterrand (La haine tranquille, Seuil 1992). Cédant comme tant d’autres à la fascination mitterrandienne, Il a fini par publier des ouvrages sur l’ancien président et sa famille comme Les Mitterrand (Perrin, 2009). Le voici qui maintenant s’intéresse aux premières dames et à leur histoire.

 

Une influence difficile à mesurer

 

Au départ, la première dame est là pour s’occuper des bonnes œuvres, de la bonne décoration du palais de l’Elysée. Yvonne de Gaulle incarnera une certaine tradition conservatrice, reprise par Claude Pompidou mal à l’aise pourtant malgré ses beaux tailleurs. Dans un premier temps, la presse ne leur accorde que peu d’influences politiques mais comment mesurer le poids d’une influence intime. On sait en tout cas aujourd’hui qu’Yvonne de Gaulle poussa son mari à soutenir la loi sur la contraception. Quant à Danielle Mitterrand et Bernadette Chirac, elles furent des partenaires de leurs maris volages. L’une fut une caution de gauche d’un président qui l’était de moins en moins et l’autre fut un atout maître dans sa réélection de 2002.

 

Un miroir de l’évolution de la place des femmes dans nos sociétés

 

Eh oui, ce livre en est une patiente illustration. Yvonne de Gaulle était une femme de l’ombre, vouée à son mari, pieuse et traditionnelle. Avec Claude Pompidou, une certaine élégance moderne s’impose mais la dame reste dans l’ombre de son mari. Les épouses Mitterrand et Chirac jouent un rôle politique de plus en plus affirmé. Cécilia Sarkozy et Valérie Trierweiler, femmes modernes n’arrivent pas à se couler dans le moule de la première dame et partent (la deuxième est d’ailleurs congédiée de manière fort peu élégante). Avec Brigitte Macron, on a affaire à un personnage qui prend plaisir à ses fonctions. Un signe de plus de la présidence jupitérienne ? L’avenir nous le dira.

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Robert Schneider, Premières dames, Perrin, mai 2018, 400 pages, 21 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.