Les indestructibles 2

Fantastic Four

Quelques temps après les événements du premier volet, un mystérieux mécène décide de venir en aide aux supers. Tête de proue de son projet, ElastiGirl va devoir laisser sa famille aux soins de Monsieur Indestructible afin de redonner de la crédibilité à ses semblables. Mais de nombreux obstacles vont se dresser sur sa route…

Quatorze ans c’est le temps qu’il aura fallu au cinéaste Brad Bird pour donner vie à la suite des aventures de sa famille de super-héros. Lui, qui a déclaré récemment ne pas être un adepte de ce type de procédé, s’est finalement rompu à l’exercice afin d’accoucher, peut-être, d’un bébé supérieur au premier. Si son premier né arrivait en plein renouveau du film de super-héros (juste après les tornades X-men de Bryan Singer et Spider-Man de Sam Raimi), beaucoup pouvaient redouter ici de surfer sur un sujet prépondérant au sein de la pop culture cinématographique contemporaine. Pourtant, il n’en est rien.

Ce nouvel opus se déroule au moment où l’épisode précédent s’était arrêté et élague la temporalité au profit d’ellipses bienvenues. Le film se concentre alors sur des événements esquissés auparavant, à savoir l’interdiction des super-héros dans le pays. Si l’ombre de Civil War de Marvel plane furieusement sur le principe, le comic book n’était point encore paru au moment de la réalisation du premier film de Brad Bird. Il est nettement plus probable que le réalisateur du Géant de Fer ait puisé son inspiration dans certains tenants adultes (en total contraste avec l’iconographie de son long-métrage) du Watchmen d’Alan Moore et du Dark Knight Returns de Franck Miller, œuvres au sein desquelles les supers sont également proscrits. C’est dans cette ambiance quelque peu réactionnaire que Brad Bird ancre ses Indestructibles 2 où il ne fait pas bon d’être un super mais également d’en voir un. Sur ce simple pitch, le metteur en scène va démultiplier alors les possibilités à l’image des pouvoirs du bébé Jack Jack et tirailler à l’extrême ses protagonistes comme peut l’être ElastiGirl.

Si le cinéaste affiche son amour des films d’espionnage (d’ailleurs le film original lorgne autant du côté de Spy Kids que des Fantastic Four de Marvel) et des sixties, nul doute que l’esthétique renvoie par moments aux œuvres de Kurt Busiek, Astro City en tête. Le côté rétro de l’environnement est rendu de manière saisissante et contraste avec certains côtés minimalistes de son prédécesseur. Le rythme est mené tambour battant, le scénario n’oublie jamais que cette famille est super, et que les supers ont une famille…sans jamais tomber dans l’excès.

En outre, Brad Bird répond présent quand il s’agit de disséminer ça et là un discours sociétal dans l’air du temps, dans la lignée des autres productions Pixar. Entre le discours féminisant portée par une héroïne mère de famille et un antagoniste, le bien nommé screen slaver (au sens littéral esclavagiste par l’écran) qui remet en cause la prédominance de l’univers visuel contemporain, le film n’oublie jamais ses racines ni ceux qui l’ont enfanté.

Jamais à court d’idées pour remonter le temps, pas seulement dans les sixties mais bel et bien dans l’univers infantile qui sied si bien aux adultes d’aujourd’hui, Brad Bird enchante et désarçonne le spectateur à chaque plan et étonne de la même manière que lors de son passage sur la franchise Mission Impossible. Comme son aîné Bruce Timm sur la série d’animation Batman, il transpose avec succès un concept de papier dans le grand théâtre de l’animation. A l’heure où les films de super-héros prédominent dans un carcan faussement réel, le cinéaste rappelle à tous que l’émerveillement et la naïveté du genre n’étaient point l’apanage des effets spéciaux mais seulement de la mise en scène. Quand on connaît les déboires de la Fox pour rendre une copie correcte des Fantastic Four, Brad Bird possède depuis longtemps la recette et la perpétue encore et toujours.

Film d’animation américain de Brad Bird avec les voix originales de Craig Nelson, Holly Hunter, Sarah Vowell, Brad Bird, Samuel L Jackson. Durée 1h58. Sortie le 4 juillet 2018

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture