Histoire des présidents de la République, grandeur et declin de l’Elysée

Haut fonctionnaire et historien

On doit à Maxime Tandonnet des ouvrages assez passionnants comme Les parias de la République (Perrin, 2017), 1940 : un autre 11 Novembre (Tallandier, 2009). Au début de l’année, Perrin a republié dans sa collection de poche, Tempus, son Histoire des présidents de la République, parue initialement chez Perrin en 2013.

Du prince aux potiches ?

Maxime Tandonnnet commence par présenter le tout premier, Louis-Napoléon Bonaparte, élu au suffrage populaire en décembre 1848 et dont le coup d’état marqua le début de la méfiance des républicains au pouvoir exécutif. Il convient de rappeler que les deux premiers présidents de la IIIe République, Thiers et McMahon, disposaient de pouvoirs étendus : c’est la crise du 16 mai 1877 et l’élection de Grévy en 1879 qui entérina l’affaiblissement du pouvoir exécutif. Jules Grévy et Sadi Carnot furent des personnalités consensuelles, laissant la place à leurs présidents du conseil. Une tradition qui perdura.

Un rôle d’influence

« Je vote pour le plus bête », disait Clemenceau lors des congrès à Versailles convoqués pour élire le président. Pour autant, des Raymond Poincaré et des Alexandre Millerand furent loin d’être des potiches. Poincaré s’investit dans la politique étrangère, suit la grande Guerre, se rend sur le front, essaie d’influer sur les décisions. L’arrivée de Clemenceau à la présidence du conseil (qu’il a soutenu car ils étaient d’accord sur une chose, la lutte jusqu’à la victoire contre l’Allemagne) le renvoie à des fonctions de représentation. Le refus du congrès en janvier 1920 de porter Clemenceau à l’Elysée marque cependant bien la prégnance des manœuvres parlementaires (Briand a tout fait pour se venger de Clemenceau) et la permanence de l’hostilité des gauches républicaines à un pouvoir exécutif fort. Millerand en 1924 finira d’ailleurs par démissionner.

 

De Gaulle et… Hollande

Tout change avec le général de Gaulle qui finit en 1958 par imposer une constitution qui fait du président « la clef de voûte ». Si des prédécesseurs comme Vincent Auriol ne manquaient pas d’influencer le parlement, de Gaulle inverse le rapport de force. Monarque républicain, il fait de l’Elysée le centre du pouvoir. De ses décisions, voire de ses foucades dépendent la politique de la France. Il en sera ainsi pour ses successeurs dont le plus gaullien sera François Mitterrand (redouté pour son caractère soupe au lait par ses collaborateurs). Le quinquennat vient cependant parachever une évolution. La désacralisation de la fonction, générée par les différentes affaires des mandats Mitterrand et Chirac, la médiatisation croissante et l’irruption des réseaux sociaux, atteint son paroxysme avec le socialiste François Hollande, élu grâce à l’empêchement de Strauss-Kahn et la force de l’antisarkozysme. Hollande, curieux personnage, se mêle de dossiers mineurs et se verra défier par la jeune Léonarda, rom expulsée de France car sans papiers… On imagine de Gaulle et Mitterrand face à une affaire comme celle-là… Il manque un chapitre sur le président actuel, peut-être élu sur un malentendu et gageons que Maxime Tandonnet ne manquera pas lors d’une réédition ultérieure d’analyser son action.

 

 

 

Sylvain Bonnet

Maxime Tandonnet, Histoire des présidents de la République, Perrin « Tempus », janvier 2018, 704 pages, 12 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.