La question d’orient, le passé explique le présent

Un historien du monde arabe et oriental

Auteur de la France et l’Islam depuis 1789 (PUF, 1992) et de De quoi fut fait l’empire (CNRS, 2010), on connaît Jacques Frémeaux, professeur à Paris IV Sorbonne comme un spécialiste de l’histoire coloniale et du Moyen-Orient. Fin 2014, il a publié chez Fayard une grande synthèse, La question d’Orient, reprenant ainsi un intitulé souvent repris par les journaux du XIXe siècle évoquant la crise de l’Empire Ottoman (le fameux « homme malade de l’Europe »), voire le « Grand jeu » opposant les britanniques aux russes en Asie centrale.

 

Des notions en constante évolution

Tout au long de son ouvrage, Frémeaux revient sur des notions galvaudées (et un peu floues) d’ « Orient », de « Grand jeu » et aussi d’ « orientalisme ». La dernière fut battue en brèche par Edward Saïd dans un célèbre ouvrage, classique de la pensée « déconstructive » chère à Michel Foucault. Il réussit cependant à peindre la fascination d’un Occident fier de sa supériorité technique face à un Orient riche de son passé et devenu un enjeu géostratégique, grâce notamment à l’expédition d’Egypte de Bonaparte. Les anglais, sortis vainqueurs des guerres napoléoniennes, s’imposèrent dans cet Orient vaste (du Levant à l’Inde) mais trouvèrent bientôt les russes en face d’eux, en pleine expansion dans la Caucase notamment. Cet Orient va bientôt devenir le Moyen-Orient d’aujourd’hui (autre notion mouvante et floue, décidément) …

 

Un réveil de l’Orient ?

 

Au fur et à mesure qu’on avance dans cet ouvrage, un acteur émerge : le peuple, ou plutôt les peuples. D’abord sujets du sultan ottoman, ils deviennent aussi un enjeu quand il s’agit de les soulever contre les turcs pendant la grande guerre avec la fameuse idée chère à Lawrence du royaume « arabe ». Ces peuples seront rarement bien traités par l’histoire, même quand des dirigeants autocratiques comme Nasser secouent le joug colonial.  De plus on peut légitimement penser que  la richesse pétrolière peut aussi constitue un handicap sur le plan du développement économique

Dans cet Orient autrefois dominé par des empires des états sont nés, parfois crées par les anglais et les français comme la Syrie et l’Irak, aujourd’hui remis en cause par Daesh et son nihilisme. Notons aussi que Daesh achève d’uniformiser le Moyen-Orient en en chassant les minorités religieuses chrétiennes (les juifs ont dû quitter la plupart des pays arabes dans les années 50), mettant fin à une richesse culturelle bimillénaire.

On aurait aimé que Frémeaux continue son ouvrage en analysant l’Etat islamique, évoqué en conclusion. Très bon ouvrage cependant.

 

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

Jacques Frémeaux, La question d’Orient, Fayard, novembre 2014 , 624 pages, 27€

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.