Philippe Henriot, la dérive du provocateur

Un spécialiste de l’histoire culturelle

De Christian Delporte, directeur de la revue Le temps des médias, on connaît surtout Une histoire des médias en France (Champs Flammarion, 2003), coécrite avec Fabrice d’Almeida, ainsi qu’une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009) plutôt amusante. On comprend qu’il se soit intéressé à la figure de Philippe Henriot, homme d’extrême-droite, collaborateur, à cause de ses interventions à Radio Paris durant la guerre où sa verve fit de lui pratiquement une star. Pierre Brana & Joëlle Dusseau lui ont déjà consacré une biographie l’année dernière : que retenir de celle-ci ?

Un extrémiste

Né dans une famille très catholique, traumatisé par le divorce de ses parents, le jeune Henriot rêve de devenir poète et romancier tout en étant enseignant dans une école catholique. Réformé durant la grande guerre (ce qui lui sera reproché bien des fois), il publie des livres mais ne perce pas. La rencontre de l’abbé Bergey le familiarise avec la politique et, après un essai infructueux, il est élu député en 1932. Dès lors, il brille. Par son culot, son aplomb, son sens de la répartie, il devient une vedette de la chambre, participant même à la chute du cabinet Chautemps en janvier 1934. Mais il ne sera jamais ministre, Henriot apparaît comme un homme seul, un trublion, un excité enthousiasmé par Mussolini.

La voie de la collaboration

Sans la défaite de 1940, Henriot aurait eu une vie différente. Il perd un fils lors des combats de juin et met du temps à surmonter ce deuil. Puis il dérive, ivre de son verbe. Pétainiste de bon aloi, il soutient la collaboration d’Etat, puis la milice dont il devient membre. Devenu secrétaire à l’information, il s’enivre de ses duels radiophoniques avec radio Londres où il trouve en Pierre Dac un rude adversaire et donne aux français un spectacle étrange en pleine guerre (sur ce point, la bio de Delporte est passionnante). Henriot est tué par des résistants fin juin 1944. Il ne laisse d’autre souvenir que celui d’un fou du verbe. Par son goût du bon mot, son aplomb, Henriot fait penser à d’autres, comme Eric Zemmour : on souhaite à ce dernier une autre fin.

 

Sylvain Bonnet

Christian Delporte, Philippe Henriot, Flammarion, janvier 2018, pages, 25 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.