Soleils noirs, être flic face au chaos

 

Le rénovateur du polar américain 70’s

Ancien flic du LAPD, Joseph Wambaugh a connu le succès dès son premier roman, The new centurions, adapté majestueusement au cinéma en 1972 par Richard Fleischer (Les flics ne dorment jamais dans la langue de Molière). Sa force est d’imposer un ton grinçant et de donner des portraits de flics sans concession. Soleils noirs est sorti en 1983 aux États-Unis, puis traduit en 1984 avant d’être réédité par Archipoche, la collection de poches des éditions de l’Archipel.

 

Des flics épuisés par la vie

Chaque soir, tous les gars de la Rampart division se retrouvent dans un bar qu’ils surnomment la Maison des Souffrances. Ils y cuvent leur désespoir. On y trouve un fêlé comme le tchèque en bois ou Dilford, un flic macho, un vieux de la vieille. Il va devoir travailler avec Dolly, une fille moderne qui ne s’en laisse pas compter. Ils vont devoir enquêter ensemble sur la mort du vieux Lester, un privé qui décède d’une crise cardiaque dans un motel. Et sur la mort de Missy, une pute camée qu’on a jeté du toit d’un hôtel. Pour quel résultat ? Limiter le désordre, le contenir… La vie, c’est de la merde.

 

Roman noir, très noir

Voici donc un portrait des flics de Los Angeles au bord de la rupture. Pour le lecteur, il s’agit d’un ouvrage sombre où on vient s’abreuver de façon compulsive comme les personnages viennent boire dans ce bar qu’ils nomment la maison des souffrances. Là où ils oublient les horreurs du quotidien, là aussi où se scelle leur camaraderie, comme celle qui va se créer entre Dolly et Dilford, la fille libérée et le macho de base (au début ils se haïssent, ensuite ils se serrent les coudes, classique et efficace). Les personnages sont très bien campés, l’écriture est serrée, pleine de détails de la vie quotidienne de la vie de ces flics de L.A.

 

 

Une influence majeure pour James Elloy

 

L’auteur du Dalhia noir a reconnu Wambaugh comme un de ses pères spirituels et ça se ressent. Dilford et le tchèque-en-bois sont des cousins naturels de Lloyd Hopkins. Quoi de plus normal, Wambaugh et Ellroy sont tous deux des moralistes désabusés. Ellroy est par contre plus lyrique, là où le créateur des New centurions est plus distant par rapport à ses personnages.

 

Excellent roman noir qui entérine le passage définitif du privé au flic comme personnage principal du genre.

 

Sylvain Bonnet

Joseph Wambaugh, Soleils noirs, traduit de l’américain par Jacques Martinache, Archipoche, novembre 2016, 456 pages, 8,80 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.