Histoire du second empire, réhabilitons Napoléon III!

Un touche-à-tout face à une période à réhabiliter

Auteur d’une biographie d’Aristide Briand (Fayard, 2006) et de Gaston Deferre (Fayard, 2011), Gérard Unger a été président d’RMC et aussi travaillé pour Publicis. Il est actuellement PDG de métrobus, la régie publicitaire de la RATP. A la suite de Louis Girard, Philippe Séguin, Pierre Milza et Eric Anceau, il a décidé de s’intéresser au Second Empire et d’écrire son histoire. La période étant (injustement) décrié, on ne peut que louer cette entreprise. Bien sûr, nos belles consciences contemporaines, Lionel Jospin en tête (cf son ouvrage Le mal napoléonien) ne cessent de vitupérer contre le coup d’état du 2 décembre et son initiateur. Ils ne veulent pas voir que la IIe République s’était déconsidérée par les massacres de Juin 1848 et la loi de 1850 qui avait réduit le corps électoral d’un tiers. Mieux : si Louis-Napoléon n’avait pas tenté sa chance, un prince d’Orléans, comme Joinville, aurait pu lui succéder à l’Elysée et favoriser la restauration de la monarchie. On le voit, le pays n’était pas mûr pour la République.

 

Une période de mutations

Devenu Empereur en 1852, Napoléon III s’entoure de ministres compétents et bénéficie d’une conjoncture économique très favorable. C’est sous les auspices de son régime que la France se dote d’un vrai réseau de chemins de fers, s’industrialise, développe son réseau de télégraphes, permet aux paysans de s’enrichir, donne aux ouvriers le droit de coalition… Si le monde paysan évolue lentement (mais se nourrit mieux), on peut à bon droit créditer le régime impérial d’avoir su entretenir les la prospérité économique, même si la conjoncture se retourne dans les années 1860. Reste les inégalités sociales, très fortes et même accrues par la prospérité.

 

Les aléas d’une politique extérieure

Bien plus intelligent qu’on ne l’a dit (Victor Hugo est particulièrement injuste), Napoléon III choisit l’alliance anglaise et le principe des nationalités pour l’aider à démanteler les traités de 1815. S’il engrange les succès dans la décennie 1850 (guerre de Crimée, guerre d’Italie) et rétablit la prépondérance française sur le continent, s’il dote le pays d’une flotte moderne qui l’aide à jeter les bases d’un empire colonial, Napoléon III se retrouve à partir de 1860 face à des difficultés importantes. L’attentisme face à la révolte polonaise lui aliène la Russie tandis que Bismarck se joue de lui en 1866 : la Prusse défait l’Autriche et Napoléon III n’obtient rien, ni la rive gauche du Rhin ni le Luxembourg… Englué dans des aventures chimériques, il comprend néanmoins que l’adversaire principal est sur le Rhin. Il rapatrie les contingents engagés au Mexique (et abandonne l’empereur Maximilien), tente de réformer l’armée mais échoue face aux oppositions parlementaires (le temps de l’empire autoritaire est loin).

 

« L’année terrible »

En 1870, Napoléon III démocratise la France et triomphe via un nouveau plébiscite qui valide l’ensemble des réformes engagés depuis 1860. Il tombe malheureusement dans le piège de la dépêche d’Ems et s’engage dans la désastreuse guerre de 1870, une des sources des deux guerres mondiales du XXe siècle… Pour autant il s’agit d’une période fascinante et déterminante, ponctuées de réformes sur lesquelles la IIIe République s’appuiera (par exemple dans l’enseignement où Victor Duruy annonce Jules Ferry). Voici un excellent ouvrage qu’on ne peut que recommander.

 

 

Sylvain Bonnet

Gérard Unger, Histoire du Second Empire, Perrin, avril 2018, 500 pages, 24,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.