La nation en récit, l’histoire de France en question

 

L’analyste de la mémoire

Chercheur à l’université de Paris Panthéon-Sorbonne, Sébastien Ledoux consacre sa réflexion aux enjeux de mémoire présents dans la société française. Il a par exemple publié en 2016 un ouvrage au CNRS, Le devoir de mémoire, une formule et son histoire, qui abordait ces sujets. Avec La nation en récit, il propose une analyse de la manière dont on écrit l’histoire en France depuis les années 70.

Récit, roman et histoire

Pour Sébastien Ledoux, le point de départ est la perte de l’empire colonial et surtout de l’Algérie qui a amené à une refonte des programmes et à l’abandon progressif de ce qu’on a appelé le roman national mis en place par la IIIe République. La période des années 80 a vu un retour de ce récit, en partie grâce à l’arrivée de la gauche au pouvoir, mais aussi à l’émergence de mémoires spécifiques : celle des juifs de France, marqué par la Shoah (la reconnaissance de la participation de la France de Vichy suscita moult débats bien analysés ici) et celle des enfants d’immigrés. La mise en question du récit national suscita l’hostilité de la droite sous le quinquennat de Sarkozy.

L’impact du terrorisme

Depuis les années 2010 et les attentats islamistes, le rapport à l’histoire est révélateur des fractures françaises. Que des français aient perpétré ces actes pose la question de l’échec de leur intégration, sociale et culturelle. L’histoire est convoquée ainsi pour comprendre cet échec ainsi que le rapport de la France à l’Islam, sans compter la question très « clivante » de la repentance de la France par rapport à son passé colonial. Ce livre très intelligent permet de comprendre des débats qui n’ont pas encore trouvé de réponse.

 

Sylvain Bonnet

Sébastien Ledoux, La nation en récit, Belin, mai 2021, 348 pages, 23 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.