The suicide squad

Le retour des douze salopards

Le retour des aventures de la Task Force X ou Suicide Squad, équipe de repris de justice aux capacités surhumaines dirigée par la redoutable Amanda Waller. Leur nouvelle mission va les conduire au cœur de Corto Maltese afin d’empêcher une nouvelle apocalypse.

Cinq ans après un premier opus de sinistre mémoire signé David Ayer, les douze salopards version Dc Comics reviennent sur le devant de la scène avec un nouvel épisode signé cette fois James Gunn, réalisateur de Super et des deux premiers volets des Gardiens de la galaxie. C’est justement après un désaccord très important avec les studios Disney que James Gunn choisit de passer chez Warner studios afin de perpétuer, cette fois chez la concurrence, sa propre vision du film de super-héros.

Le cinéaste, adepte d’un mauvais goût et d’une certaine vulgarité maîtrisés n’a jamais caché son amour des perdants, mais également à parler du microcosme familial à travers les jurons et les gerbes de sang qui pullulent à l’écran. The Suicide Squad n’échappe point à cette règle puisque le metteur en scène va très vite réduire les enjeux à un ensemble minimaliste afin de résoudre les disfonctionnements psychologiques des uns et des autres. Sauf qu’ici, la thérapie consiste à empiler les cadavres et à dédramatiser le principe de l’intimité par de l’humour potache. En s’appuyant sur ces effets certes classiques mais relativement efficaces, James Gunn réussit son pari, celui de débrancher le cerveau du spectateur pendant plus de deux heures, menant tambour battant sa narration et faisant montre de son savoir faire pour mettre en mouvement ses protagonistes sous la pluie de balles ennemies. Dans cette optique, The Suicide Squad surpasse aisément son prédécesseur et remplit largement donc l’objectif ludique qu’on lui demande. Mais pas plus, et là le bât blesse.

En effet, le long-métrage de James Gunn soulève deux interrogations légitimes, l’une sur les qualités intrinsèques du metteur en scène, l’autre sur la dérive du cinéma de genre ou du cinéma populaire à l’heure actuelle, quant à la nature même de sa maturité.

Lorsqu’il accouchait de Super ou des Gardiens de la galaxie, James Gunn afficha de réelles promesses, un talent que je pensais moi-même indéniable, un culot et un ton irrévérencieux appropriés. Mais déjà à l’époque, sa mise en scène souffrait de séquences mélodramatiques mal agencées qui transparaissent furieusement une fois de plus dans The Suicide Squad. James Gunn ne progresse pas. Pire encore, il régresse, à court d’idées nouvelles, à bout de souffle. Si les quelques références cinéphiliques dissimulées amuseront l’œil averti (mais franchement pourquoi citer Peckinpah, The Suicide Squad n’aura jamais la portée de La horde sauvage, désolé), le spectateur attentif repérera très vite un recyclage en masse de Super et du premier volume des Gardiens de la galaxie. Répliques, plans ostentatoires, onomatopées tout y passe sans vraiment faire mouche par leur audace comme pendant les débuts du réalisateur. Si le produit se conforme à des standards un peu plus ambitieux qu’à l’accoutumée, il ne dépasse jamais le stade du produit en dépit des desideratas de son auteur.

En outre, il serait grand temps de balayer le concept de cinéma adulte, terme qui fleurit de plus en plus notamment au sein du milieu de la pop culture, et qui se conçoit uniquement par une exposition en gros plan de la tripaille et du sexe. Ce fameux cinéma dit adulte bien entendu s’oppose à un versant plus propre, soit disant plus lisse et aseptisé (pour le plus grand nombre ce combat est incarné par la rivalité Dc/Marvel). Sans entrer dans des polémiques sans fin, surtout pour des genres très précis qui de plus ne couvrent qu’une infime partie du septième art, il devient en revanche urgent de revenir à certains fondamentaux. Certes Sam Peckinpah, Stanley Kubrick, Michael Cimino ou Sergio Leone n’ont point hésité à user d’une violence peu coutumière pour leur période ou à présenter du contenu sexuel plus explicite. Cependant, en raison de ces choix, tout à fait respectables au vu du résultat, doit on supposer que leurs œuvres sont plus adultes que celles des John Ford, Yasujiro Ozu, Friedrich Murnau et consorts…La réponse relève d’une certaine évidence et se doit de clore les polémiques stériles et sans véritable fondement formel.

Pour revenir donc à The Suicide Squad, le film se résume à un joli canard qui ne deviendra jamais un cygne. Malgré les espoirs entrevus à l’origine, James Gunn ne parvient plus à ajouter un ingrédient à sa recette qui transformerait son plat appétissant en véritable met trois étoiles. Il s’imagine grand ordonnateur d’un spectacle total et se réveille en petit artisan efficace mais loin d’être génial.

Film américain de James Gunn avec Idriss Elba, Margot Robbie, Viola Davis. Sortie le 28 juillet 2021. Durée 2h12

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre