Lettres d’Amérique, Clemenceau avant Clemenceau

Un projet original

La postérité reconnait Georges Clemenceau comme le vainqueur de la grande guerre ou comme défenseur du capitaine Dreyfus. On sait moins qu’il était anglophone et vécut aux États-Unis entre 1865 et 1870. Jeune médecin, opposant à Napoléon III, le jeune Clemenceau partit outre-Atlantique pour observer la démocratie en action et en tirer, peut-être, quelques leçons pour l’avenir. Pour payer son séjour, il donna des cours de français et d’équitation (ce qui lui permit de rencontrer sa future femme) et des articles au journal Le Temps. Ils sont ici rassemblés dans une édition critique sous la supervision de Patrick Weil, historien et auteur d’un Qu’est-ce qu’un français remarquable.

L’observateur de la démocratie américaine

On découvre Clemenceau défenseur passionné de la jeune démocratie américaine. Solidement documenté (par exemple sur la dette américaine héritée de la guerre de Sécession), il rend compte à ses lecteurs français des débats autour de la Reconstruction, du débat sur l’impeachment du président Johnson successeur de Lincoln et des droits des noirs aussi (que le lecteur contemporain ne se choque pas du terme nègre, courant à l’époque, par lequel Clemenceau les désigne) dont il est un chaud partisan. Grâce à lui, on découvre des figures oubliées comme Thaddeus Stevens, politique républicain qui vivait maritalement avec une femme noire, héraut de ces républicains radicaux qui voulaient imposer les droits civiques. Clemenceau ne verra pas leur défaite mais gardera leur empreinte, lui qui se montra hostile au projet colonial français. Et si le politique Clemenceau était réellement né là-bas, dans ces débats américains ?

Un ouvrage vivant et actuel.

Sylvain Bonnet

Patrick Weil, Lettres d’Amérique, Passés composés, août 2020, 464 pages, 24 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.