Louis XIV roi du monde: la France vue d’Angleterre

Un historien anglais spécialiste de la France

Philip Mansel est un historien britannique, spécialiste de la France et de l’Empire Ottoman, très réputé outre-manche. On lui doit par exemple

une biographie de Louis XVIII (Perrin, 2013) et un ouvrage Paris, capitale de l’Europe (Perrin, 2001) consacré à la place de la capitale française dans la première moitié du XIXe siècle, récemment réédité. Sa biographie de Louis XIV a été publié en Angleterre en 2019 et dans notre belle contrée francophone en septembre 2020 par les éditions Passés composés. Elle vient après les études de François Bluche et surtout de Jean-Christian Petitifls : qu’apporte-t-elle donc de nouveau ?

Un regard anglais

Malgré quelques erreurs de traduction qui peuvent parfois gêner la compréhension, on se doit de saluer la clarté du style et les qualités de synthèse de l’ouvrage. De fait, cette biographie se lit pratiquement comme un roman (cela pourrait renvoyer d’ailleurs à bien des critiques de la Nouvelle Histoire sur le genre biographique), même lorsqu’on a déjà lu des biographies consacrées à ce personnage central de l’histoire de

France. Mansel insiste, souvent à raison, sur les erreurs du monarque qui a réussi, par ses guerres et ses audaces, à se mettre l’Europe à dos. Richelieu et Mazarin avait fait de la France la puissance hégémonique du continent en battant l’Espagne et le Saint-Empire. Louis XIV meurt en 1715 en laissant son royaume isolé, avec certes un Bourbon sur le trône de Madrid, face aux ambitions anglaises… Et puis il y a l’erreur de la révocation de l’édit de Nantes, qui prive la France de gens instruits, brillants et compétents (mais cela n’a pas entraîné de baisse démographique comme il le croit) qui vont essaimer dans les pays voisins dont la Prusse…

Des limites

Mansel a des a priori. Dans son jugement sur les ministres, il a de toute évidence une grande admiration pour Colbert et rejette Louvois. Il conviendrait de nuancer ce jugement. Louvois est un excellent organisateur, qui donne à Louis XIV les moyens de ses ambitions militaires en Europe. Colbert, excellent financier qui a réussi à faire oublier ses turpitudes au service de Mazarin en intrigant contre Fouquet, a aussi ses

échecs : certaines manufactures ne marchent pas et son influence en politique étrangère est limitée. Philip Mansel semble aussi ignorer les travaux récents de Petitfils ou de Thierry Sarmant : le recours à des figures comme Louvois ou Colbert signifie d’utiliser leurs réseaux de clientèles, une étape avant la construction d’un état bureaucratique dans les 20 dernières années du règne. Sur la question protestante, la révocation est sans conteste une erreur, pourtant massivement soutenue (et notre historien le dit) : Vauban est bien seul à contester cette décision royale. Le lien de causalité établi par l’auteur entre ces persécutions françaises et celles concernant les catholiques en Grande-Bretagne

paraît hasardeux. Ce sont surtout des causes endogènes, liées à la situation intérieure anglaise (et à la religion du futur roi Jacques II) qui les expliquent à notre sens.

Voici en tout cas un ouvrage passionnant, qui éclaire la façon dans les anglais envisagent l’histoire de France : cela mériterait bien une étude !

 

Sylvain Bonnet

Philip Mansel, Louis XIV roi du monde, traduit de l’anglais par j, Passés composés, septembre 2020, 833 pages, 29 €

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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.