Shang-Chi et la légende des dix anneaux

Zu et les guerriers de la montagne magique

 

Immigré chinois au passé mystérieux, Shaun travaille comme voiturier pour un hôtel de luxe aux côtés de sa meilleure amie Katy. Un beau jour, il est attaqué par d’étranges experts en arts martiaux. Il va se retrouver confronté à son père, un guerrier quasi immortel, nanti de puissants artefacts, les dix anneaux, à même de faire tomber la civilisation.

Décalage dû au Covid oblige, la fin d’année cinématographique sera chargée en sorties super-héroïques, notamment en ce qui concerne le fameux Marvel Cinematic Universe. Après Black Widow, et avant Eternals puis Spider-Man No way home, c’est au tour donc de Shang-Chi et la légende des dix anneaux de poindre à l’horizon. Au-delà d’une simple critique classique, l’occasion s’avère trop belle pour dresser un bilan de la formule en cours imaginée par le producteur Kevin Feige.

Personnage créé par Steve Engelhart et Jim Starlin, Shang-Chi surfait à l’époque sur la vague des films d’arts martiaux qui pullulaient sur les écrans, à commencer par les films d’un certain Bruce Lee. Avec les années, la figure de Shang-Chi perdit de son éclat au sein de l’univers de la Maison des idées, au point d’en devenir un protagoniste relativement mineur. Pari risqué donc d’adapter ses aventures au cinéma tant Shang-Chi relève désormais du héros oublié y compris pour un public d’initiés.

La tâche incombe à Destin Daniel Creston, réalisateur indépendant, qui a tourné notamment avec une autre icône du MCU, à savoir Brie Larson. Si son premier long-métrage States of grace affichait de belles promesses, ses œuvres suivantes, drames ô combien convenus, tombaient malheureusement dans des travers aisément évitables…

Dès les premières minutes, Creston applique avec précision la méthode en partie imposée par Kevin Feige. Un humour présent pour désamorcer les tensions dramatiques, le concept des origines et l’ancrage made in Joseph Campbell de chaque protagoniste. Shang-Chi devant répondre à la question sempiternelle qui suis-je…Très vite le metteur en scène affiche ses limites, les mêmes entrevues dans ses précédents long-métrages, impuissant notamment au moment de tisser des liens crédibles entre les différents membres du casting. Pourtant ce n’est point un manque de bonne volonté après avoir notamment esquissé quinze minutes d’exposition de vie quotidienne mais plutôt l’absence indéniable d’un savoir-faire malheureusement. En revanche, l’ensemble se rattrape au moment de se calquer sur le modèle des films de genre hong-kongais, et plus précisément sur les films mêlant art martiaux et fantasy à l’image de Zu et les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark. Creston, aidé par des chorégraphes talentueux, compose alors quelques belles scènes très efficaces à défaut d’être véritablement originales. En outre, le premier affrontement recèle quelques trésors en termes de construction de l’espace, tout droit tiré des films de King Hu. D’ailleurs, les interprètes des wu xia pian incarnaient en quelque sorte de véritables super-héros pour l’époque, auteurs de prouesses hors normes, prouesses parfois difficilement acceptables pour les spectateurs.

Faut-il alors avec Shang-Chi et la légende des dix anneaux souligner l’échec plus ou moins relatif de Kevin Feige ou celui de Destin Daniel Creston ? Dans ces colonnes, j’avais pointé une certaine fuite en avant, la faillite d’un système peut être à bout de souffle, ce système mis en place par Kevin Feige, lors de la critique de Black Widow. Qui blâmer l’architecte ou le maçon, la question doit être soulevée ? Si l’on peut regretter le formatage extrême des films de la franchise, il faut en revanche admettre que ce ledit formatage n’est point l’apanage du studio mais plutôt du système hollywoodien, élevé à tort mais aussi à raison aux ouvrages de Joseph Campbell depuis presque soixante ans. En outre, la volonté de Kevin Feige de confier majoritairement les rênes à de jeunes metteurs en scène issus du cinéma indépendant s’inscrit dans une certaine prise de risque même si certains parleront plutôt d’une plus grande aisance à manipuler ou à écraser de tels auteurs. Au-delà des extrapolations plus ou moins farfelues, force est de constater, au-delà donc d’une formule que beaucoup juge castratrice, que Kevin Feige échoue comme beaucoup d’autres producteurs avant lui par des choix de cinéastes moins judicieux que par le passé, choix qui nuisent d’une certaine manière à son projet. Le public ou la critique, souvent volatile, brûle ce qu’elle a encensé quelques temps auparavant. Il ne faut donc pas oublier que Kevin Feige a remporté son pari lorsqu’il mit aux commandes Joss Whedon, Joe Johnston, Taika Waititi et dans les premiers temps, James Gunn ou les frères Russo. Attendons donc de voir les travaux de Chloé Zhao et de Sam Raimi avant d’enterrer l’intérêt pour l’univers redessiné par Kevin Feige.

Car si au final Shang-Chi et la légende des dix anneaux possède peu de qualités intrinsèques malgré par moments un certain sens retrouvé de la démesure et de l’épopée, il faut rejeter bien plus la faute sur son pilote qu’à la tour de contrôle. Un épisode infructueux avant sans doute un véritable renouveau avec Eternals

Film américain de Destin Daniel Creston avec Simu Liu, Awkwafina, Tony Leung. Durée 2h12. Sortie le 1er septembre 2021.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre