Flag day

Independance day

 

La relation conflictuelle entre John Voghel, escroc charismatique et sa fille Jennifer, confrontée aux sempiternelles manipulations de son père…

Après s’être fait hué en 2016 pour son sinistre Last face, Sean Penn revint cette année au festival de Cannes présenter son dernier long-métrage en date, Flag day, adapté du roman de Jennifer Voghel d’après une histoire vraie. On prédisait encore au début des années deux-mille un avenir radieux en tant que réalisateur pour l’acteur Sean Penn, ancien mauvais garçon, au parcours autodestructeur, assagi depuis et qui affirma son talent au début du siècle. L’interprète brillant passé chez Clint Eastwood , Woody Allen, Terrence Malick ou Gus van Sant s’essaya avec réussite ensuite derrière la caméra avec les très remarqués Crossing guard, The Pledge et Into the wild.

C’est donc avec un sentiment d’incompréhension et surtout une immense déception que l’on accueille Flag Day, dans la droite lignée de son précédent long-métrage, à des années lumières de la qualité de la première partie de sa filmographie. Pis encore, il partage avec le film de Roland Emmerich évoqué dans le titre de l’article à la fois une journée commémorative nationale mais également la même ringardise. Cependant contrairement à Emmerich, Sean Penn n’est point dénué de talent ; à croire que celui-ci s’est étiolé, la faute à des années de disette (peut être dû à son engagement contre la guerre en Afghanistan, très peu médiatisé pour le coup).

Flag Day par essence incarnait le projet idéal pour se relancer. La nature du sujet, l’aura du personnage de John Voghel, le lien filial. Cependant, au lieu de profiter de cette occasion pour renouer avec ce qui faisait la force de sa mise en scène, Sean Penn préfère s’enfoncer dans une spirale autodestructrice. Cet engrenage négatif qui minait sa vie personnelle il y a plus de vingt-cinq ans, désintègre cette fois ci son existence professionnelle…

Flag Day relève en effet d’un double péché originel. Le premier, juxtaposer maladroitement les trajectoires des protagonistes avec celles du réalisateur/acteur. En basant sa narration sur un procédé certes  très courant sur grand écran, Sean Penn cesse de distinguer les variations subtiles propres au récit et dessert son propos. Qui plus est, employer sa propre fille au casting ne fait qu’accentuer cette vague impression d’imposture. Puis arrive le second péché, celui de puiser ses fondements esthétiques chez Nick Cassavettes (notamment le pas bien fameux She’s so  lovely dont il était l’interprète) et Terence Mallick post Tree of life. Résultat, un condensé de guimauve, faussement poétique, jamais en accord avec les velléités de l’auteur. Dès les premières minutes d’exposition, le film fonce à tout allure dans un mur de lamentations tandis que conducteur et passagers se retrouvent incapables de  s’extirper de la carcasse fumante. Ici la thèse de l’accident laisse place au délit intentionnel…

Naufrage dans les grandes largeurs, Flag Day ne peut même pas prétexter l’excuse de la jeunesse ou les incidents de tournage (s’ils existent, point d’échos la dessus). Sean Penn achève de renier tout ce qu’il a bâti et on peine à croire à un retour prochain en grâce. Tout comme pour un de ses mentors Terence Mallick, on espère pour finir par se lasser définitivement…Un gâchis !

 

Film américain de Sean Penn avec Sean Penn, Dylan Penn, Josh Brolin. Durée 1h47. Sortie le 29 septembre 2021

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre