Conférence de presse: Les éternels

 

Nous avons eu la chance d’assister à la conférence de presse organisée autour de la sortie du film Les éternels. L’occasion d’approcher la réalisatrice oscarisée Chloé Zhao qui s’est prêtée volontiers au jeu des questions posées par les journalistes présents. Je vous rapporte ses propos.

Les Eternels sont du pur Jack Kirby, un comic book des années soixante-dix avec des histoires de dieux aux proportions cosmiques. C’est une mythologie démesurée qui remonte à l’aube de l’humanité. Qu’est ce qui vous a inspiré chez Jack Kirby en faisant ce film ?

Chloé Zhao : j’avais vécu une première expérience dans le domaine de l’adaptation juste avant Les éternels (NDLR : Nomadland) et avec un projet de cette ampleur, c’est très important de regarder au cœur de ce projet, en son âme. Et je me suis posée la question, pourquoi Jack Kirby a-t-il créé les Eternels. J’ai senti qu’il avait envie de donner une nouvelle perspective au genre en dehors de ce qui se faisait. C’était donc le moment parfait de proposer une alternative par rapport à ce proposait le Marvel Cinematic Universe, voir comment nous pouvions déconstruire le genre, ce qui était très excitant.

Les Eternels proposent une continuité de l’univers Marvel et le développement d’une nouvelle mythologie. Je sais que la maîtrise de ces deux aspects était importante à vos yeux. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre ce que vous vouliez ajouter de nouveau et ce qui existait déjà ?

Chloé Zhao : le film se passe juste après le retour de la moitié de la population sur Terre. Pour moi c’est un événement écologique très important. Il est extraordinaire de raconter une histoire qui se passe à ce moment et de constater l’influence que cela engendre sur notre planète. En partant de ce postulat et en sachant que le film explorerait les origines et impacterait l’univers cinématographique Marvel, j’ai été très encouragé de faire un film un peu unique au milieu de tout cela. Ce sont de nouveaux personnages et une nouvelle histoire.

Au sujet de vos influences, j’ai lu en 2020 que vous appréciez notamment les mangas. Comment voulez vous lier les cultures orientales et occidentales et de quelle manière ? Sinon pouvez vous nous en dire plus sur « la dernière voix » ?

Chloé Zhao : Au sujet de la dernière voix, c’est quelqu’un que vous allez bientôt rencontrer dans le MCU, un de mes super-héros favoris…

Merci pour la première question, car le manga tient une place importante dans ma vie. Concernant le ton, on peut y parler de choses très sérieuses tandis qu’une autre ridicule va se produire. Tout cela se mélange car dans le manga le ton n’est pas consistant et ça je le reprends un peu dans ma façon de filmer. Avec les Eternels, vous pouvez retrouver quelques références à DragonBall Z, Sailor Moon ou Les chevaliers du zodiaque, on parle d’une équipe dans laquelle chacun partage des similarités mais possède aussi ses propres caractéristiques, notamment visuelles.

Dans votre cinéma jusqu’à présent, vous traitiez de personnages qui devaient se préoccuper de la fin du mois. Aujourd’hui, ils doivent se préoccuper de la fin du monde. Que cela induit il comme changement de perspectives et changements philosophiques ?

Chloé Zhao : c’est une très bonne question, je n’y avais pas pensé de cette façon, merci de le mentionner. Je pense que l’on doit plonger dans le feu pour renaître. On se confronte à d’énormes obstacles pour apprendre un peu plus qui nous sommes. Dans mes films indépendants, j’ai toujours placé mes personnages dans des tragédies incroyables pour qu’ils puissent renaître. Et dans cette histoire, il y a tout un peuple, c’est l’humanité et on espère pouvoir réfléchir à ce qui est important, à notre relation avec la planète mais également entre nous.

Comment avez-vous travaillé vous professionnellement et personnellement cette transition entre Nomadland un film beaucoup plus intimiste avec un budget moindre et Les éternels, grosse production Marvel studios avec un gros budget, ce qui peut paraître compliqué ?

Chloé Zhao : je ne sais pas comment faire les choses autrement qu’avec mes tripes. Ma relation avec mon équipe, le casting, la caméra, je dois la ressentir de l’intérieur si je ne le ressens pas, je ne me lève pas le matin pour me rendre sur le tournage. Pour moi, c’est donc la même chose, tout vient de la même sensation. Quant aux studios Marvel, à la surprise de beaucoup, sont très différents des autres studios hollywoodiens. Il n’y a que trois responsables et je ne m’en référais qu’à deux pour prendre toutes les décisions. Ils ont créé une bulle pour moi pour que puis travailler de manière sûre, je me sentais en sécurité pour travailler.

Vous changez d’un projet à l’autre de manière spectaculaire. Quel sera votre prochain projet ?

Chloé Zhao : il y a des moments comme cela où je pense aux mots de mon idole, Bob Dylan qui a dit que seule la mort nous occupe. Je vais toujours chercher des projets pour renaître à chaque fois et j’arrive tout à fait nue dans un projet, terrifiée, et je ne sais pas comment créer autrement. Mon prochain projet ce sera Dracula chez Universal et je mens assez nue sur ce projet, on verra.

Je voulais savoir si vous aviez accepté ce projet car il correspondait à vos thématiques, à savoir la notion de bien et de mal et d’être maître de son destin ? Sinon avez-vous le film Et le jour où la terre s’arrêta et vous a-t-il influencé ?

Chloé Zhao : vous parlez de la version de Robert Wise ? J’ai vu ce film et retenu le moment de la première rencontre.

Je pense que l’idée de la détermination personnelle est importante dans mes films, les individus ont tous besoin d’être maîtres de leur destin mais le moyen de le faire leur ôte leur famille, leur ville dans Les éternels, leur foi, leur propre conscience. Je les mets dans cette situation car je pense qu’on ne peut survivre seul, qu’il faut avoir une connexion avec quelque chose de plus grand. Je ne suis pas une personne religieuse, je n’ai pas été élevé dans la religion mais je crois dans une relation avec la nature et j’essaie de comprendre la raison de mon existence. Donc mes personnages luttent toujours avec cet équilibre et leur relation avec quelque chose de plus grand.

Vous avez dit avoir grandi avec le manga. Pourriez-vous réaliser un film live action avec un des mangas que vous appréciez ?

Chloé Zhao : a t’on toute la nuit pour en discuter (rires) ? C’est une question difficile car il est difficile de faire un live action et de choisir un titre en particulier. J’aurai aimé adapter Yu Yu Hakusho mais Netflix est en train de le faire et a choisi quelqu’un d’autre. Ils le font au Japon. Avec Trigun, il y a peut être une chance de lancer un projet international. Mais c’est très dangereux de s’emparer d’un grand classique, je ne voudrais pas être responsable d’un tel projet.

J’aimerai que vous nous parliez du choix de votre musique qui est très différente de celle présente dans les autres films Marvel.

Chloé Zhao : c’est une ensemble très éclectique, j’en suis responsable, cela représente la personne étrange que je suis. Ces chansons, Pink Floy etc, c’est toute la musique que j’aime, c’est aussi simple que cela. La musique de Pink Floyd n’apparaît pas souvent dans les films car les droits sont très chers mais là je voulais que leur chanson soit présente car elle est populaire et universelle. Il n’y avait pas de meilleur choix.

Quels rapports entretenez-vous avec le western, car il existe un côté un peu western dans tous vos films et notamment avec un réalisateur comme John Ford ?

Chloé Zhao : si je peux être tout à fait honnête, j’avais regardé seulement trois ou quatre westerns avant de réaliser The rider. Je me suis mise à travailler sur le genre à ce moment là car je n’ai pas grandi avec ces films. Et récemment j’ai vu La poursuite infernale et tous les films de John Ford, cela m’a vraiment ébloui. La raison pour laquelle il existe un côté western vient de la curiosité qu’y a-t-il au-delà de l’horizon c’est comme cela que ce genre est né. Et dans les films de science-fiction ou de super-héros, on commence à se poser la question, qu’y a-t-il plus haut dans les cieux, quelle est notre relation avec la technologie, quel est le sens de notre existence humaine et dans le cas d’Avatar, qu’y a-t-il au fond des océans ? Je me trouve attiré par les genres qui explorent et qui parlent des angoisses collectives humaines. Et quand je fais des films de ce genre, cela m’aide à traiter et gérer ma propre angoisse.

Comment Marvel vous a approché ? Est-ce en raison de votre mise en scène différente et avez-vous eu carte blanche ou suivre la formule ? Nous savons que Gemma Chan  est l’actrice principale mais jouait déjà un autre rôle dans le MCU. Etait-ce un obstacle ?

Chloé Zhao : quand je tournais The rider et Nomadland ou Les chansons que mes frères m’ont apprises, j’ai vraiment été seule mais il y avait une très forte collaboration entre moi, l’équipe et les personnages de ces mondes-là. Je ne peux pas faire le film avec ma seule vision, c’est un partage et c’est la même chose avec Marvel, c’est une vision que nous partageons. C’est comme cela que j’aime faire des films, c’est une collaboration pour moi, je ne m’intéresse pas à la liberté mais par le fait de tous partager une même histoire. Les producteurs étaient passionnés par une idée mais ce qu’on cherchait c’est comment l’appliquer et on a pu travailler à partir de là.

Ah Sersi, j’ai cherché l’actrice pendant si longtemps. On n’y arrivait pas. Sur le tournage de Nomadland par exemple, Frances Mac Dormand avait proposé elle-même des personnes vivant ce mode de vie…Richard Madden nous a alors suggéré, avez-vous auditionné Gemma Chan. Nous sommes très amis dans la vie. Et nous l’avons fait venir et quand elle est arrivée, à sa démarche, je me suis dit nous avons trouvé notre Sersi. Elle était bleue dans les autres films, on ne pouvait pas la reconnaître. Pour moi elle est vraiment Sersi donc cela ne me posait plus de problèmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre