Brejnev, la nostalgie de l’anti-héros




Un historien de la Russie

Andrei Kozovoï est maître de conférences à l’université de Lille      . Il est connu comme l’auteur des Services secrets russes des tsars à Poutine (Tallandier, 2020). Il se penche ici sur une figure oubliée en occident (sauf des personnes ayant plus de quarante ans) : Leonid Brejnev, l’homme qui prit la place de Nikita Khrouchtchev. Le souvenir de Brejnev est souvent associé à la stagnation de l’URSS, prélude à sa chute en 1991, le pire événement de l’histoire russe selon Vladimir Poutine. On va voir que les choses sont plus complexes, grâce à ce livre.

Un pur apparatchik

Brejnev est né sous Nicolas II mais s’est engagé tôt dans le parti communiste. Il fait sa carrière à l’ombre de Khrouchtchev et Staline, héritant de places libérées par des victimes des grandes purges. Ce beau moldave, comme l’appelle Staline, s’impose par ses capacités d’organisateur et aussi en s’inscrivant dans la clientèle de Khrouchtchev. Brejnev fait la seconde guerre mondiale sans véritablement laisser un souvenir marquant (ce qui ne l’empêchera pas plus tard d’être nommé maréchal). Il survit à la mort de Staline, s’impose peu à peu dans le sillage de Khrouchtchev qui finit par le prendre en grippe… ce dernier ne voit pas que Brejnev, qui connaît le système soviétique sur le bout des doigts, monte peu à peu des intrigues contre lui. En 1964, le beau moldave prend sa place.

La nostalgie de Brejnev

Pourquoi les Russes d’aujourd’hui ont la nostalgie d’un homme qui, au fond, est un produit du système qui a handicapé leur pays ? D’abord, Brejnev prend en compte la nécessité d’élever le niveau de vie soviétique (quitte à importer du blé, par exemple). Ensuite, sur le plan international, aidé de Kossyguine et de Gromyko, il est un acteur majeur de la Détente avec les USA, du moins pendant un temps. Pourtant, Brejnev, qui ne veut pas d’une autre guerre mondiale, nucléaire de surcroit, croit dans toujours dans l’idéologie communiste et se laisse embarquer dans une intervention en Afghanistan qui affaiblira l’URSS. Affaibli par la maladie, peut-être sénile, il meurt en 1982 et laisse le souvenir d’un bon vieux temps peut être trompeur mais terriblement « vrai » aux yeux de beaucoup de russes. Une biographie très éclairante.

 

Sylvain Bonnet

Andreï Kozovoï, Brejnev l’anti-héros, Perrin, janvier 2021, 400 pages, 24 €



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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.