Le mystère Mussolini, matamore et histrion




 

Un touche-à-tout

 

Diplomate italien, Maurizio Serra est aussi écrivain. On lui doit Les frères séparés (La table ronde, 2009) sur les itinéraires croisés d’Aragon, Drieu La Rochelle et Malraux et des biographies de Malaparte (Grasset, 2011), Italo Svevo (Grasset, 2013) et D’Annunzio (Grasset, 2018). Il est membre de l’académie française depuis 2020. A la rentrée, il a publié une biographie de Mussolini qui vient de remporter le grand prix de la biographie politique et le prix Histoire du Nouveau Cercle de l’Union. Par rapport à celle de Pierre Milza, que nous apporte Maurizio Serra ?

 

Qui était-il ?

 

C’est au fond la question qui intéresse un biographe. Dans le cas de Benito Mussolini, on a parfois l’envie de le confondre avec l’idéologie qu’il co-fonda, le fascisme, et à sa caricature de matamore, menton en avant (et si bien moqué par Chaplin). Mais Mussolini garde, disons-le crument, une certaine liberté avec le fascisme. Pragmatique, il maintient des relations avec l’URSS longtemps. L’ouvrage de Maurizio Serra donne à lire des chapitres plus thématiques intitulés « ses origines », « ses femmes », « ses pays », etc. Au fond, Mussolini est un homme solitaire qui a peu d’attaches et pas d’amis. Il a des femmes (beaucoup même) mais sait-il aimer ? Peut-être sa femme Rachele et sa fille Edda, future épouse de Ciano, ont-elles suscité de l’attachement. Secret, manipulateur, c’était en cas un bon politique et aussi un acteur-né : la marche sur Rome est un coup de bluff fantastique qui aurait pu aisément être réprimé. Mais le Roi Victor-Emmanuel III en décida autrement.

 

Un dictateur faible ?

 

Mussolini fut un exemple pour Hitler qui l’admira (avant de l’humilier pendant la seconde guerre mondiale) mais ne réussit jamais à neutraliser complètement les anciennes élites. Les lois « fascitissimes » de 1925 instaurent le parti unique mais l’armée garde son autonomie : les généraux prêtent serment au Roi. Et il y a l’Eglise avec qui Mussolini, oubliant son passé de socialiste laïc, passe les accords du Latran, mettant au fond aux contentieux datant de la prise de Rome en 1870. L’Eglise saura le moment venu jouer son rôle. Bref, l’Italie fasciste n’est pas le IIIe Reich et si l’adjectif « totalitaire » y est né, il n’a pas le même sens qu’il prendra outre-rhin. Il n’empêche qu’il adoptera des lois antisémites en 1938 et que la conquête de l’Ethiopie sera particulièrement violente : on y emploie des gaz…

 

L’acteur se retire

 

Et puis il y a cette séance du grand conseil fasciste qui le dépose en 1943 : cet habitué des coups d’éclats, ce manœuvrier hors pair reste muet, immobile, sans réaction. A-t-il compris son destin ? Peut-être. Hitler le fera libérer pour mieux se servir de lui et exploiter l’Italie du nord. Dépassé, Mussolini se met à croire à des illusions : et s’il faisait la paix avec Staline ? Il finira tragiquement, peut-être l’a-t-il cherché… L’homme, caché  derrière ses airs de matamore, le menton en avant (si bien moqué par Chaplin) garde son mystère.

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Maurizio Serra, Le mystère Mussolini, traduit de l’italien par, Perrin, septembre 2021, 500 pages, 25 €



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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire et collaborateur de Boojum et ActuSF.