Matrix Resurrections



Un code sans fin

Développeur informatique renommé mondialement, Thomas Anderson connaît de graves difficultés à communiquer et souffre de gros problèmes psychologiques. Et si dans une autre vie, une autre réalité, sous le nom de Neo, il avait bouleversé le destin de l’humanité. Très vite, il va devoir affronter une fois encore la Matrice et ses nouveaux pièges mortels  afin de retrouver celle qui l’aime.

Phénoménal succès populaire lancé à la fin des années quatre-vingt dix puis prolongé au début du second millénaire, la saga Matrix repose sur un amalgame entre vulgarisation habile de la pop culture et véritable supercherie intellectuelle. Si la franchise a permis de légitimer les exploits corporels tout droit venus d’Extrême-Orient ou les principes nés du Cyberpunk auprès d’un large public, elle n’a en revanche rien inventé ni en termes visuels et encore moins en termes de réflexion sur les différents degrés de réalité. Mais la méconnaissance de ce même public avec le cinéma de King Hu, de Chang Cheh, de Mamoru Oshii voire de Stanley Kubrick et des écrits de William Gibson a permis aux Wachowski de prétendre à une véritable révolution sur le fond et sur la forme. Cette même méconnaissance qui servit et sert encore des cinéastes comme Quentin Tarantino…Quant à Keanu Reeves acteur limité, il fut intronisé en nouvelle icône (un phénomène reproduit depuis avec Henry Cavill, acteur également extrêmement limité, porté aux nues pour Man of Steel). Pendant ce temps, des acteurs comme Adam Driver ou Robert Pattinson sont conspués par les mêmes fans qui encensent ces deux impostures, alors qu’ils font preuve d’un réel talent…Mais je m’égare.

Pour ce quatrième opus, Lana Wachowski renonce à la tentation du reboot, un fort bon point , pour continuer à développer l’univers qu’elle a délaissé il y a près de vingt ans. Remodelant certains aspects caractéristiques de la série (adieu le téléphone fixe), la cinéaste choisit l’option de la mise en abyme pour mener à bien son projet, exerçant une introspection sur sa propre création via de nombreux easter eggs et de multiples flash back. En outre, certains éléments chers à Harold Ramis s’ajoutent à cet exercice proche du pastiche par moments. Mais là ou Brad Bird excellait dans l’exercice lorsqu’il réalisa Mission impossible : protocole fantôme, Lana Wachowski s’embourbe une nouvelle fois dans une démonstration pseudo philosophique et  une critique socio-politique non maîtrisées. Un seul vœu pieu pour la réalisatrice, proposer un discours suffisamment illustratif et ostentatoire pour insuffler une quelconque intelligence à son œuvre. Une expérience déjà tentée lors des précédents volets, quand elle s’échinait à disserter maladroitement sur l’allégorie de la caverne de Platon. Mais il faut raison garder, Lana Wachoswki n’est pas Platon, n’égale point Stanley Kubrick et même pas Mamoru Oshii. A l’écran ne subsistent que quelques artifices dont se seraient passés aussi bien le réalisateur de 2001 que celui de Ghost in the shell. En s’appuyant sur des propos abscons, Lana Wachowski tente de noyer son manque de talent via des dialogues desservant une possible poésie ou des métaphores envisageables par l’image.

La Matrice a évolué, Neo également, vieillissant mais connaissant encore le kung-fu. Bien pour un Keanu Reeves pas crédible pour deux sous et dont les exploits ne sont même plus subjugués par la présence à la chorégraphie de Yuen Woo-Ping. Un casting d’origine usé par le temps et marqué par l’absence du charismatique Laurence Fishburne. Censé devenir, par son ascension christique, le digne héritier de Superman, Neo n’incarne plus le futur mais bel et bien le passé, au sein d’une époque où le héros américain s’est muté en super-héros.

Sur ce dernier point la véritable question doit être posée ? Si le cinéma de super-héros exaspère à tort ou à raison une partie du public et des critiques, quid de Matrix et autres revivals de faux chef-d’œuvre d’antan que l’on surévalue aujourd’hui ? Film nombriliste, Matrix resurrections profite d’une ère de malhonnêteté intellectuelle pour surgir du néant. Mauvais pamphlet mais véritable exercice sophiste, le long-métrage de Lana Wachowski ne surfe même plus sur l’aura vaguement sympathique du premier volet. Et dire qu’Avalon de Mamoru Oshii a été oublié avec le temps…

 

Film américain de Lana Wachowski avec Keanu Reeves, Carrie Ann-Moss, Yahya Abdul-Mateen II. Durée 2h28. Sortie le 22 décembre 2021.


Share

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture