Spider-Man: No way home



Réalités composites

 

Démasqué suite aux événements survenus dans Spider-Man : far from home, Peter Parker peine à se fondre désormais dans la masse et subit nombre de pressions au quotidien. Lorsqu’il voit ses proches grandement affectés par l’existence de son alter-ego, il fait appel au puissant Doctor Strange pour résoudre la situation. Mais en faisant appel à des forces bien au-delà de leur compréhension, les alliés d’hier vont déclencher une série de catastrophes et mettre en péril l’existence même de l’univers.

Avec ce No way home, Spider-Man devient l’un des super-héros dont les aventures ont été portées le plus grand nombre de fois à l’écran dans l’ère cinématographique moderne (aux côtés de Batman chez Warner). Des épisodes de qualité diverse avec d’un côté l’inoubliable trilogie de Sam Raimi et de l’autre le passage raté de Marc Webb et les produits marketing signés Jon Watts pour le MCU. Un Jon Watts de nouveau aux commandes pour conclure la saga commencée avec Homecoming. Il va sans dire que ce nouvel opus suscitait les attentes les plus folles chez la plupart des fans ; en effet, depuis le remarquable film d’animation Spider-Man new generation, la rumeur enflait autour d’un concept équivalent live, qui ne pouvait être que ce No way home. En outre, le public espérait secrètement la réunion à l’écran des différents interprètes du tisseur de toile, à savoir Tom Holland, Tobey Maguire et Andrew Garfield. Sans dévoiler ce qu’il en est réellement, il va falloir en revanche écarter la viabilité d’un projet reposant uniquement sur des vœux d’aficionados sans tenir compte de structures beaucoup plus solides.

En effet, Spider-Man : No way home affiche très vite les limites de son metteur en scène. Certes un potentiel intéressant se niche dans le postulat de départ ; en dévoilant à son insu l’identité secrète de Peter Parker, Jon Watts confronte son héros à des complications inédites en totale contradiction avec la vie menée par Tony Stark, qui, lors du premier volet d’Iron man avait opté pour une image publique. Alors que son mentor profitait grandement de son statut de super-héros pour asseoir sa notoriété et entretenir sa fortune, devenant un phénomène médiatique mondial, Peter lui connaît une situation inverse puisque l’existence même de son double nuit grandement à sa vie quotidienne et à son entourage. Ainsi dans les premières minutes durant lesquelles Jon watts expose cette situation nouvelle et affermit le lien étrange qu’entretient le protagoniste avec New York (un enjeu crucial dans chaque film consacré au personnage), Jon Watts réussit son pari. Mais malheureusement cette réussite s’effile quand le cinéaste oublie toute notion de mise en scène au profit d’un processus censé régénérer la figure même du protagoniste en puisant dans le sein même de son histoire mythologique.

Jon Watts assume ses fonctions de grand ordonnateur prêt à satisfaire les fans quitte à faire fi de tout critère cartésien. Malgré de trop nombreux écueils, certaines scènes d’Homecoming et de Far from home surnageaient. Ici, le film se noie dans l’autoréférence forcée et permanente, évacuant tout liant qui assurerait une véritable cohérence à l’ensemble. Tout comme ses protagonistes qui cherchent vainement à réparer les erreurs du passé, Jon Watts s’efforce de se réapproprier l’intégralité des thématiques gravitant autour de l’œuvre originelle : le sacrifice, le fameux sens des responsabilités, l’aspect mélodramatique, le soap opera. Mais rien de tout cela ne fonctionne, Watts assène le spectateur à grands coups d’effets et de clins d’œil ostentatoires transformant son film en assemblage composite désarticulé. Incapable de digérer son patchwork, le bougre imite grossièrement Sam Raimi sans jamais parvenir à égaler une scène de son prédécesseur (à l’image de la scène finale).  Un sentiment d’incroyable gâchis se dégage alors de ce pur cocktail commercial dénué de toute saveur naturelle. Quant aux acteurs secondaires, aucun ne délivre une prestation digne de leur passage antérieur sur la saga ; Alfred Molina, Willem Dafoe et consorts se demandent par moments ce qu’ils sont venus faire dans cette galère…

Pourtant, malgré ce naufrage collectif, Spider-Man : No way home devrait gravir les cîmes du box-office puisqu’il respecte allégrement son rôle initial, celui d’exaucer les demandes fan service d’un large public. En revanche si vous souhaitez un véritable respect de l’œuvre imaginée par Steve Ditko et Stan Lee et transcendée par Raimi, passez votre chemin ou revoyez Spider-Man : new generation. Pendant ce temps, malgré ses faiblesses inhérentes, Eternels de Chloé Zhao s’effondre en termes d’entrées alors que le film présentait des aspects bien plus novateurs que le vulgaire trompe-l’œil de Jon Watts…La véritable tristesse.

Film américain de Jon Watts avec Tom Holland, Benedict Cumberbatch, Zendaya, Alfred Molina, Willem Dafoe. Durée 2h28. Sortie le 15 décembre 2021


Share

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture