Laïcité un principe, le grand débat

De Napoléon III à la laïcité

Brillant historien du second Empire, Éric Anceau a récemment publié un essai, Les Elites françaises des Lumières au grand confinement (Passés composés, 2020), qui a remporté un grand succès et qui revenait sur le gouffre, très français, existant entre les élites et le reste de la société. Ici, il se propose de revenir sur la notion de laïcité, aujourd’hui omniprésente dans le débat public, telle qu’elle s’est forgée en France depuis la Révolution.

Une notion qui a beaucoup évolué

La partie historique de l’essai est écrite avec brio et restitue clairement l’histoire d’un concept forgé à partir d’un mot grec, à travers des guerres de religion et des révolutions. La France, monarchie de droit divin, a en effet un rapport conflictuel avec la religion qui a souvent servi à légitimer l’Etat. Rappelons les guerres entre protestants et catholiques, la violente déchristianisation de la Terreur. L’Etat ici s’est construit à la foi au-dessus des religions, surtout à partir de Napoléon (en héritier de la Révolution, il reconnaît tous les cultes) et en s’appuyant sur elles grâce au concordat. Rappelons d’ailleurs que ce concordat est toujours en application en Alsace-Moselle… La séparation de l’église et de l’Etat en 1905, qui a suivi la généralisation de l’instruction publique avec Jules Ferry, a couronné un processus où l’Etat est devenu neutre religieusement. Le mouvement de sécularisation de la société a progressivement apaisé la question laïque… Du moins le croyait-on.

La question de l’Islam

L’arrivée de l’immigration musulmane a changé la donne. On ne compte plus les affaires et les controverses, du foulard de Creil à la crèche Baby Loup qui ont secoué l’actualité et bien racontées ici par Éric Anceau. L’Etat a au fond hésité entre une approche compréhensive et libérale dans l’application des lois laïques à l’Islam et une plus stricte. A cela s’ajoute que les organisations islamistes ont très bien identifié la France comme un adversaire (et peut-être un maillon faible). Aujourd’hui, la logique communautariste a enfermé nombre de français musulmans dans un ghetto culturel qui leur fait voir la laïcité (notion passée désormais à droite, Clemenceau doit s’en retourner dans sa tombe) avec hostilité (c’est un euphémisme). La dernière loi votée sur le séparatisme ne pourra fonctionner que si la société la soutient… Un essai stimulant.

 

Sylvain Bonnet

Éric Anceau, Laïcité, un principe, Passés composés, janvier 2022, 384 pages, 23 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.