Morbius

Sang pour sang inutile

Souffrant d’une maladie sanguine dégénérative, le docteur Michael Morbius poursuit inlassablement ses recherches afin de trouver un remède au mal qui le ronge mais aussi à celui qui détruit lentement son meilleur ami et mécène Milo. Après une expédition au Costa-Rica, il ramène une espèce rare de chauve-souris afin de combiner leur ADN avec celui d’un être humain, dans l’espoir de mettre un terme à ses souffrances. L’expérience va être couronnée de succès…en quelque sorte. Guérit de son affliction, il va subir une autre malédiction, issue des légendes populaires. Le vampirisme !

Avec Morbius, Sony continue d’étendre son univers super-héroïque lié à Spider-Man, en partie en dehors du Marvel Cinematic Universe. Si le studio a connu ses heures de gloire avec les travaux signés Sam Raimi au début des années deux-mille, il traverse depuis une longue traversée du désert en terme qualitatif. Deux épisodes ratés consacrés au tisseur de toile estampillés Marc Webb, une trilogie formatée à l’extrême réalisée par Jon Watts et enfin un diptyque calamiteux consacré à Venom n’ont pas aidé Sony à redresser la barre en terme artistique malgré avec un réel succès au box-office. Une seule éclaircie à l’horizon, l’excellent film d’animation Spider-Man new generations. Mais c’est trop peu. Un constat navrant et malheureux qui ne risque pas de s’améliorer avec Morbius.

Astreint par des accords de licence à ne développer que des long-métrages liés au fameux Spider-Verse, handicapé en plus par l’utilisation de certains personnages pour des séries télévisées (Cloak and Dagger), Sony se rabat avec Morbius désormais sur des héros de moindre envergure, inconnus par la majeure partie du public et boudés par les passionnés de comic book…Au sein de l’univers Marvel, le vampire faisait office aussi bien de doublon mal dégrossi au charismatique Blade que de faire valoir lors de récits choraux. Et le sort que va lui réserver Daniel Epinosa à l’écran ne risque pas de le faire sortir de l’ombre de ses pairs bien au contraire…

En plaçant Daniel Epinosa aux commandes du long-métrage, Sony perpétue sa sinistre tendance, depuis le départ de Sam Raimi, à confier ses projets les plus coûteux et surtout les plus importants en terme de notoriété publique à des réalisateurs dénués du moindre savoir-faire à défaut d’être talentueux (comment oublier les essais calamiteux de Ruben Fleischer et d’’Andy Serkis sur la franchise Venom…). Très vite, Espinosa n’affiche pas seulement ses limites mais également ses piètres qualités de mise en scène. Si les deux opus de Venom confinaient à la bouffonnerie grotesque, Morbius s’enfonce encore plus loin dans le ridicule en remplaçant les blagues potaches par des instants dramatiques à peine crédibles. Mais pouvait on espérer de mieux d’un cinéaste dont le fait d’armes le plus retentissant fut d’accoucher d’une pâle copie d’Alien (Life, origine inconnue).

Des origines au récit horrifique en passant par quelques flashes backs, le film brille par sa médiocrité, son incapacité à exposer pourtant des enjeux simples tout en tirant parti du caractère logiquement spectaculaire du sujet. De cette rivalité entre vampires désirant à la base survivre,  Espinosa ne tire rien de bon, y compris au moment de conter les affrontements supposés homériques entre les deux surhommes. Pis encore, au lieu de se sustenter d’un produit fade et inoffensif, le réalisateur désire se prendre au sérieux, aggravant un peu plus le côté pathétique de l’ensemble.

Bien plus qu’un gâchis (encore faut il posséder un véritable potentiel pour le gâcher), Morbius confirme le naufrage du Spider-Verse amorcé avec Venom. Même pas standardisé comme un film de l’écurie Disney (ce qui aurait eu au moins le mérite de le structurer de manière cohérente), Morbius s’impose comme une bouillie visuelle au sein de laquelle les acteurs naviguent à vue, faute d’être dirigés…

Film américain de Daniel Espinosa avec Jared Leto, Matt Smith, Adria Arjona. Durée 1h45. Sortie le 30 mars 2022

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture