Jenny Marx, femme de révolutionnaire

Une inconnue de l’histoire

Voici une biographie bien singulière que nous livre ici Jérôme Fehrenbach, inspecteur général des finances : celle de Jenny Von Westphalen, épouse de Karl Marx. On connaît ici plutôt bien les grandes étapes de la vie de l’auteur du Capital, inspirateur (malgré lui) de l’expérience soviétique. Mais sa femme restait jusqu’alors un angle mort (même si Françoise Giroud lui avait autrefois consacré un livre)… La voici désormais en pleine lumière.

Une jeune allemande idéaliste et amoureuse

Les premières pages de cette biographie sont bien documentées : on découvre l’origine de la famille de Jenny, de très fraîche noblesse, et la personnalité originale de son père, médiocre fonctionnaire mais esprit fin et curieux de tout. Jenny est issue du deuxième lit comme on disait et grandit à Trèves au sein d’un cercle familial plutôt aimant. La progéniture Von Westphalen est cependant séparée par la rivalité entre les aînés et les cadets. Puis Jenny, jeune idéaliste, épris de culture allemande, fait la connaissance de l’ami de son frère Edgar, un certain Karl. Ce dernier est jugé très intelligent, très doué et tourné vers la philosophie. Le père de Jenny l’apprécie tout en notant son caractère farouche. Il n’est en tout cas pas tourmenté par les origines juives du jeune Marx. Le mariage finit par se faire.

Le soutien de son génie de mari

Jenny accompagnera Karl partout : Bruxelles, Paris, Londres… elle porte ses enfants, fait sienne sa cause et accueille ses amis. Elle ne renie jamais en tout cas ses origines et son éducation aristocratique, charmant et impressionnant ses visiteurs, de Heine à Wilhelm Liebknecht. Elle réussit l’exploit de ne jamais complètement rompre avec sa famille, y compris quand son demi-frère Ferdinand devient un très réactionnaire ministre du royaume de Prusse : chapeau bas. Elle passe aussi sur les infidélités de son mari et réussit à faire le deuil de certains de ses enfants morts jeunes (à l’époque, la mortalité infantile est une réalité tragique) tout en veillant sur ses filles. Egocentrique, narcissique, Marx, dont on devine ici les failles et les aspérités, a cependant besoin d’elle jusqu’au bout. Voici le portrait d’une femme fascinante.

Sylvain Bonnet

Jérôme Fehrenbach, Jenny Marx, Passés composés, avril 2021, 396 pages, 24 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.