Les ratonnades d’Alger 1956, la guerre qui ne passe pas




Retour à l’Algérie

En cette année de commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, c’est au tour de Sylvie Thénault, après Malika Rahal et Jacques Frémeaux de sortir un livre sur cette période fondatrice de nos tourments actuels. On lui doit une Histoire de la Guerre d’Indépendance Algérienne (Flammarion, 2005), La France en guerre (Autrement, 2012) en collaboration avec Raphaëlle Branche et Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale (Odile Jacob, 2012). Ici, elle se propose de revenir sur le phénomène des ratonnades, c’est-à-dire des bastonnades et des lynchages commis par certains pieds noirs lors d’un évènement particulier, les obsèques d’Amédée Froger.

 

Tuer un notable de l’Algérie française

Qui était-il donc ? Froger était un élu local, républicain, peu compromis durant la guerre avec Vichy, dont la famille était enracinée depuis plusieurs générations, en Algérie. Il s’est fait durant les années quarante et cinquante le défenseur du statu quo, du moins de la défense de la présence française outre-méditerranée. Froger sent le vent tourner et, au sein de l’assemblée des maires d’Algérie (tous colons), il fait tout pour empêcher un processus de reconnaissance du particularisme algérien, du fait arabe. Et le voilà assassiné le 29 décembre 1956, Sylvie Thénault le raconte bien.

 

La foule se déchaîne

 

Le jour des obsèques, la foule est immense. Et dérape. Les sources policières et judiciaires le démontrent. Pourquoi ? C’est le moyen pour ces colons, souvent de condition modeste, qu’ils sont français, veulent le rester face aux masses musulmanes. Et donc, ça cogne, ça frappe. Des images filmées, retrouvées plus tard, le montrent. Ces gens ont peur de devoir quitter leur terre, ils ont aussi à cœur de rappeler, par ces violences enracinées dans un contexte colonial, qui est le « patron » aux indigènes. Ce qui est raconté et analysé ici est ni plus ni moins que le racisme colonial.

Un ouvrage saisissant et très bien documenté.

 

Sylvain Bonnet

Sylvie Thénault, Les ratonnades d’Alger, 1956, Seuil, février 2022, 336 pages, 23 €


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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.