Hors d’atteinte




Toi.

La nuit.

Il fait sombre.

Blottie dans mon lit, je t’attends. Je sais que tu vas venir. Tu es toujours venu. Depuis mes douze ans tu ne te gênes pas.

J’ai ramené les draps sur ma tête. Pour me protéger. Un geste inutile. Je ne peux pas m’en empêcher. Je sens mon corps trembler de la tête aux pieds. J’en ai des sueurs froides.

Toi.

La nuit.

Il fait sombre.

 

 

Quand j’ouvre les yeux, je vois des formes indistinctes. Presque des traits. Si j’insiste du regard, je les vois s’agiter.

Je les connais. Elles sont déjà venues. J’ai peur. Elles commencent à murmurer. Tout bas. Je les ai toujours ignorés mais ce soir je tends l’oreille. Que disent-elles ? Au début je ne les comprends pas et puis…

Je sens que tu vas venir.

Non, déjà ? J’ai envie de crier mais mes lèvres restent scellées.

J’entends tes pas.

 

 

Vous croyez que je peux faire ça ?

J’ai peur tu sais.

Je sens ta présence.

Tu es assis sur mon lit. Tu passes ta main sur mon crâne, caresse mes cheveux. Puis descends.

Je te connais.

Les créatures aussi. Elles murmurent. Je refuse de les écouter. Je suis blottie dans mon lit. Elles me disent dans un souffle que tu vas venir. Et puis elles disent autre chose :

Que tu n’es pas ce que tu dis être ?

Même avec ça tu peux payer démon. Elles me le jurent.

Tes mains vont sous les draps. Je ne dis plus mot. Comme avant. Je me laisse faire. Je ferme les yeux.

Les créatures m’ont dit ce qui allait se passer.

Oui : Les créatures l’ont dit. Ce qui a été dit arrivera.

Ce soir est différent. Ce soir nous serons plus de deux. Et ce qui a été dit arrivera.

Tu es là, j’entends le bruit de ta respiration.

J’ouvre les yeux. Dans le noir, je les vois s’agiter mes petites amies. Elles couinent. Bien sûr que tu ne les entends pas.

 

 

Tes mains remontent vers ma poitrine pour la palper. Profites-en bien.

Ce soir, nous ne sommes pas deux, Papa.

Il y a le couteau qu’elles ont apporté. Et le reste. Ce qui a été dit arrivera.

Les créatures s’agitent. Couinent. Tu ne peux pas imaginer ce qu’elles chantent. Mais je peux te dire que tu vas enfin payer. Je t’embrasse. Je vais bientôt être hors d’atteinte.

Profite ! Ce sera la dernière fois.

Car j’empoigne le couteau. Les créatures sont impatientes de boire ta souffrance. Et elles chantent maintenant à l’unisson leur cantique de mort.

Car je vais bientôt être hors d’atteinte.

Sylvain Bonnet

 

Février 2005


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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.