Paul Deschanel, le président qui ne voulait pas inaugurer les chrysanthèmes




Un personnage caricaturé et oublié

Ah Deschanel ! L’homme qui est tombé du train, comme disait ma grand-mère lorsque j’étais petit (ça date). Thierry Billard, auteur de la biographie de Félix Faure (Julliard, 1995), a remis à jour la biographie qu’il lui avait consacré il y a maintenant trente ans. Au fond pourquoi écrire la biographie d’un personnage politique de la IIIe République qui, de plus, n’exerça jamais aucune fonction ministérielle ? Que nous apprend son itinéraire ?

Un républicain « génétiquement » pur ?

Le recours (abusif) à cette expression vise à souligner combien on comprend Paul Deschanel est le fils de son père, Émile, opposant virulent à Napoléon III exilé à Bruxelles après le coup d’état du 2 décembre 1851. Paul naquit d’ailleurs en Belgique avant de revenir en France avec ses parents après la victoire en Italie en 1859. Émile Deschanel ne transigea jamais avec ses convictions et ne se rallia pas au second Empire, avant de trouver sa place dans la IIIe République d’abord comme député puis comme sénateur. Paul Deschanel suivit ses traces après un rapide passage par la préfectorale.

Un homme qui plaît

Deschanel a du charme. Membre de la mouvance dite « opportuniste ». Il sait séduire les électeurs et ses collègues. Très bon orateur, il excelle aussi dans un art bien particulier, celui de ne s’engager dans aucun parti. Durant l’affaire Dreyfus, il réussit à passer entre les gouttes (quoique penchant du côté antidreyfusard. Président de la Chambre sous deux législatures, il est l’homme du moindre mal. Intelligent, il écrit des livres, développe des compétences en politique étrangère mais refuse le pouvoir, y compris à la veille de la Grande Guerre.

Le rêve déçu

Il a un but, un rêve, devenir président de la République en exerçant l’ensemble des prérogatives prévues par les textes de 1875. S’il réussit à écarter Clemenceau, en partie grâce à l’action de Briand, il découvre vite qu’il n’est là que pour inaugurer des chrysanthèmes. Et il ne le supporte pas, d’où cette « dépression » qui le fit passer pour fou. On découvre grâce à cette biographie un homme fin, bon analyste qui comprend bien les problèmes de son temps mais à qui il manquait quelque chose dans le caractère : le goût de l’action tout simplement.

 

Sylvain Bonnet

Thierry Billard, Paul Deschanel le président incompris, Perrin, mars 2021, 280 pages, 21 euros


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About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.