Les derniers feux de la guerre d’Algérie, une blessure jamais guérie

Journalisme et Histoire

Ancien journaliste au Figaro, biographe reconnu (on lui doit ainsi une des premières biographies de Charles Pasqua), Pierre Pellissier a retracé la vie de plusieurs personnages liées à l’histoire de l’armée, dont Jacques Massu (Perrin, 2003) ou De Lattre (Perrin, 1998). Il s’attaque ici, en cette période de commémoration de l’indépendance de l’Algérie, aux mois de l’année 1962 qui ont séparé la France de son ancienne colonie, au prix de certains drames bien connus.

Une ambiance explosive

Le récit de l’année 1962 en Algérie est en tout cas rempli de drames : du massacre de la rue d’Isly (dont la responsabilité incombe à l’armée française) à celui d’Oran (perpétré par des partisans du FLN sous les yeux des troupes françaises), des disparitions de pieds noirs (jamais élucidés) à la lutte entre OAS et policiers français accompagnés de barbouzes (bien moins sympathiques que Lino Ventura dans le film de Lautner), on peut dire que le sang coule. Du côté algérien, le FLN avance ses pions et liquide le MNA, le mouvement de Messali Hadj (Pierre Pellissier en parle un peu…) tout en négociant des cessez-le feu avec l’OAS, pas très bien respectés il faut le dire. Si l’indépendance a été une fête pour la majorité du peuple algérien (avant des lendemains qui ont déchanté pour certains), on peut dire que les pieds noirs, harkis et musulmans partisans de la France ont eux souffert dans leur chair.

A qui la faute ?

L’ouvrage est précis et documenté. Cependant, Pierre Pellissier instruit insidieusement au fil des pages le procès du général de Gaulle et de son gouvernement. Il faut dire que le grand homme avait hâte de se débarrasser de l’Algérie et a traité sans ménagements les pieds noirs. La classe politique française était d’ailleurs dans son sillage, voyant en eux des colons qui faisaient « suer le burnous » (ce qui était faux, la majorité était de condition modeste) et une charge supplémentaire (songeons à la façon dont Deferre parlait d’eux). Ne parlons même pas des harkis qui ont été traités comme de la m…, honte ici au gouvernement de l’époque. Reste qu’ici on ne parle pas du contexte international, chargé (en octobre, c’est la crise de Cuba) qui influence de Gaulle dans ses choix. On ne dit pas que garder l’Algérie en 1962 contre le souhait de la majorité de sa population était impossible. On ne dit pas que, dès le départ, la conquête de l’Algérie était une erreur, la responsabilité en incombant à Charles X (un des pires rois de France) et à Louis-Philippe (qui a décidé d’intensifier la conquête). Après l’échec total de la IVe République à trouver une issue à cette guerre (à part envoyer le contingent, décision du socialiste Guy Mollet), De Gaulle a tenté plusieurs formules, dont l’association, mais il était trop tard : la faute à une élite républicaine, largement radicale-socialiste et modérée, qui n’a jamais réussi à comprendre que l’Algérie n’était pas la France métropolitaine. On peut aussi estimer que le FLN n’a pas démocratisé l’Algérie (le voulait-il ?) et a en partie, par sa gestion mafieuse, entravé le développement du pays. Ceci nous entraîne loin mais permet de comprendre cette guerre qui ne cesse de nous hanter.

Le livre de Pierre Pellissier, précis mais partial, plaira à beaucoup. On préfère ici l’histoire à la mémoire.

 

Sylvain Bonnet

Pierre Pellissier, Les derniers feux de l’Algérie française, Perrin, mars 2022, 315 pages, 22 euros

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.