Thor: Love and Thunder

Les vikings

En pleine introspection, Thor est de nouveau confronté à une menace intergalactique, en la personne de Gorr, le massacreur de dieux. Mais quand son ancienne amante, Jane Foster, se joint à ses côtés au combat, tout est remis en question…

Auteur du troisième volet consacré aux aventures du dieu du tonnerre, à savoir Thor : Ragnarok, Taika Waititi continue de prendre en charge la destinée de l’Asgardien avec ce nouvel opus, Thor : Love and Thunder. A l’époque, Thor : Ragnarok avait divisé bon nombre d’observateurs mais également le public, malgré sa gestion très maîtrisée de l’aspect épique propre au protagoniste. En effet, le cinéaste poussa à l’extrême cette propension inhérente au Marvel Cinematic Universe à désamorcer la tension dramatique par l’humour (un tel procédé implique un certain manque de confiance de la part de Kevin Feige envers ses réalisateurs, comme s’il sous estimait leur capacité à gérer combat homérique, structure chorale et soap opera). Dans Thor : Ragnarok, les personnages déjouaient les manigances de leurs adversaires tout en riant alors que l’Apocalypse frappait à leurs portes. Une telle approche agaça et beaucoup narguèrent la vision de Waititi. Malgré tout, contrairement à Deadpool, The Suicide Squad et surtout Guardians of the galaxy, le travail de Taika Waiti renferme bien plus de potentiel que les autres pantalonnades maladroites camouflées en film de super-héros. Chez le cinéaste, la noirceur, la vraie, moins ostentatoire que celle présente chez certains de ses confrères, se tapit derrière les sourires et la farce de façade. Une manière de faire singulière, qu’il peaufine depuis Vampires en toute intimité et qui trouva une certaine maturité avec un Jojo Rabbit fort captivant sur le fond et sur la forme.

Par conséquent, Waititi saura t’il faire taire aussi bien ses détracteurs que ceux du Marvel Cinematic Universe avec Thor : Love and Thunder ? Un Marvel Cinematic Universe sous le feu des critiques depuis plusieurs années désormais, malgré les travaux récents plutôt encourageants de Chloé Zhao et de Sam Raimi. Raconté au coin d’un feu comme une chanson de geste ou plutôt comme un mythe transmis aux générations futures, le nouveau long-métrage de Taika Waititi se base notamment sur deux arcs narratif des années deux mille dix, le premier durant lequel Jane Foster devenait la énième détentrice de Mjolnir (après notamment Beta Ray Bill, Thunderstrike, Red Norvell ou encore Captain America) tandis que le second relatait le croisade purificatrice d’un être inquiétant Gorr, contre les dieux (d’ailleurs il faut préciser que le personnage de Gorr et sa nécrolame doivent beaucoup à Elric le Melnibonéen et Stormbringer de Michael Moorcock…).

Deux arcs non dénués d’intérêt mais qui auraient sans doute mérité un traitement séparé. En effet, Taika Waititi peine rapidement à trouver une certaine cohésion tant les enjeux se démultiplient et que le temps manque pour pleinement les développer. Cependant, il parvient à recoller les morceaux et reconstitue un poil maladroitement le tableau désiré sans doute à l’origine par les scénaristes. Par ailleurs, si le cinéaste emploie toujours ce fameux ton humoristique propre à la franchise à moult reprises, il choisit en revanche de le délaisser durant ces fameux moments de tension dramatique. Un choix bienvenu même s’il ne parvient pas à convaincre totalement dans son entreprise. Un tableau donc assez peu engageant, tant dans ces temps de faiblesse, le film affiche de façon flagrante, toutes les limites de son réalisateur.

Cependant chaque temps de faiblesse est contrebalancé par une scène très bien agencée qui relève drastiquement le niveau de l’ensemble. Puisant son esthétique décalée aussi bien parmi les différents artistes qui ont œuvré sur les exploits du dieu du tonnerre (de Jack Kirby à Dan Jurgens en passant par Walt Simonson), que chez Georges Méliès lui-même, le long-métrage acquiert ses lettres de noblesse lors de joutes en clair-obscur opposant des divinités aux motivations souvent floues. Quant à Chris Hemsworth, il convainc de plus en plus, allant bien au-delà du simple héros de film d’action ou de comique de comptoir (l’éclosion d’un vrai talent reconnu notamment par Michael Mann). D’ailleurs les interprétations de Natalie Portman et de Christian Bale ne se contentent point du minimum et accordent du crédit à la tragédie sous-jacente qui se déroule, masquée par les rires et les empoignades.

Ainsi, on ne peut se satisfaire pleinement de ce Thor : Love and Thunder, tant de nombreuses maladresses émaillent le long-métrage de Taika Waititi. Toutefois, il si l’on écarte les sempiternels reproches envers l’univers supervisé par Kevin Feige, on retient tout autant des instants réjouissants, parfois touchants, réellement emprunts du savoir-faire de Taika Waititi. Pari à demi-réussi ou à moitié raté en somme.

 

Film américain de Taika Waititi avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Christian Bale. Durée 1h59. Sortie le 13 août 2022

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture