Bullet Train

 Dernier train pour Kyoto

Malfrat malchanceux, Coccinelle embarque à bord du train le plus rapide du monde afin d’exécuter son nouveau contrat. Il va rapidement être confronté à de redoutables adversaires, tous en quête du même objectif mais doués de motivations divergentes…

Pendant que le public se lasse de l’ère du super-héros américain, le cinéma de genre continue de produire encore et toujours films d’action survitaminés, films d’horreur ou encore de science-fiction. Avant l’événement Avatar 2 prévu pour la fin de l’année, cet été arrivent sur les écrans le nouveau film de Jordan Peele, Nope et ce Bullet Train estampillé David Leitch. Pourtant alors que les diatribes envers Disney et le MCU se multiplient, on tend à surévaluer certains long-métrages du passé, des réalisateurs loin d’être talentueux, des franchises pas plus brillantes que celles que l’on vilipende aujourd’hui. Armageddon ou d’Independance Day symbolisent ces blockbusters estivaux décérébrés, mal mis en scène, que l’inconscient collectif a revalorisé avec le temps, pour des raisons fallacieuses.

Or, force est de constater que ce Bullet Train relève de la même veine que les étrons signés Michael Bay et Roland Emmerich. Film survendu depuis plusieurs semaines en raison notamment de son casting (avec le retour de Brad Pitt absent depuis Ad Astra) et de son réalisateur soit disant doué, à savoir David Leitch. David Leitch, un pseudo auteur découvert avec cette alternative bancale au Killer de John Woo, John Wick et son interprète calamiteux, film qui incarne le produit mal finalisé aux scènes de combat très mal chorégraphiées. Leitch réitérera dans le médiocre avec Deadpool 2 qui représente justement l’avilissement d’un genre au service d’un fil directeur vulgaire et complaisant.

Gestion de l’espace

Evidemment, David Leitch applique avec soin les méthodes putassières employées sur ses long-métrages précédents avec ce Bullet Train. De l’ultra violence dépourvue d’un véritable style, une propension à s’auto congratuler via des effets spectaculaires faussement ingénieux et des dialogues censés être percutants, dialogues interminables adoptées par une génération biberonnée aux films de Tarantino. Au milieu de ce marasme, on se demande légitimement comment un acteur de la trempe de Michael Shannon a pu atterrir sur ce projet.

Car au-delà de cette fameuse attitude vulgaire forte déplaisante, le metteur en scène pêche tout simplement au moment de retranscrire les empoignades homériques tant attendues. La faute à son manque de maîtrise concernant la gestion de l’espace (détail éminemment regrettable puisque l’action se déroule dans un train et dans un environnement très étroit). Malgré quelques idées un poil sympathiques, les lacunes de sa mise en scène sauteront aux yeux des observateurs alertes, amoureux des œuvres récentes telles que Dernier train pour Busan, The Raid 1 et 2 de Gareth Evans ou encore Hacker de Michael Mann. La comparaison formelle avec Dernier train pour Busan d’ailleurs nuit grandement à Bullet train. Ainsi, Leitch devrait voir ou revoir ne serait ce que la scène d’ouverture de The raid 2 et l’affrontement dans les toilettes minuscules d’une prison, pour appréhender les enjeux de cette fameuse gestion de l’espace (sans compter bien entendu le travail d’un John Mac Tiernan voire d’un King Hu, grand spécialiste justement de la construction/déconstruction de l’espace).

Par conséquent, Bullet Train rejoint ces superproductions superficielles, pas plus évoluées que les films tant décriés du MCU, peu réjouissantes et surtout inaptes à insuffler le caractère épique désiré au départ. Incapable ne serait ce que de réciter une leçon avec un minimum d’efficacité, David Leitch échoue dans les grandes largeurs mais accouche son cahier des charges  tout en outrance et en laideur. Il donne en revanche envie de visionner à nouveau le diptyque de Gareth Evans, le Predator de Mac Tiernan ou l’Hirondelle d’or de King Hu. Un mal pour un bien en somme.

 

Film américain de David Leitch avec Brad Pitt, Joey King, Aaron Taylor-Johnson. Durée 2h07. Sortie le 3 août 2022.

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture