Philippe le Bel, la puissance et la grandeur

Un Roi longtemps décrié

La postérité a longtemps eu une image négative de Philippe IV le Bel, roi célèbre pour avoir fait condamner et interdire l’ordre des Templiers, longtemps réputé aussi pour son caractère retors, sans compter ses conflits avec la papauté. La biographie de Jean Favier (Fayard, 1978) restitua un peu de sa complexité à un règne marqué par l’importance des légistes. L’essai de Jacques Krynen, auteur de L’état de justice (Gallimard, 2009-2012), vient parachever ce portrait.

La construction d’un Etat

Petit-fils de Saint-Louis, Philippe le Bel a selon notre historien une ambition : installer une domination de la France sur le monde chrétien. Pour cela, et la démonstration du livre est implacable, il construit un état. Le Roi mène donc une politique antiféodale, s’arroge le monopole de la Justice dans le royaume en faisant remonter les litiges en appel à son parlement. Il s’appuie sur les fameux légistes qui n’hésitent à piocher des notions dans le droit romain et peu utilisés depuis la chute de Rome en occident. Philippe le Bel essaie aussi d’augmenter ses recettes fiscales, avec moins de succès (c’est la guerre de cent ans qui sera ici décisive). Son conflit avec les templiers est à relire sous l’angle de la souveraineté royale. Roi profondément chrétien, Philippe IV est empereur en son royaume et ne supporte pas ce qu’on appellerait aujourd’hui le privilège d’extraterritorialité de l’ordre, désormais sans but depuis la perte de la Terre sainte (qu’il se verrait bien récupérer, l’idéal de croisade n’est pas encore mort).

Cet essai permet de comprendre comment on construit un état dont nous sommes encore les héritiers.

Sylvain Bonnet

Jacques Krynen, Philippe Le Bel : la puissance et la grandeur, Gallimard, octobre 2022, 160 pages, 17 euros

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.