Avatar 2 : la voie de l’eau

Le retour du « king of the world » ?

Critique de la suite d’Avatar, signée encore James Cameron

Plus de dix ans après les événements survenus dans le premier volet d’Avatar, Jake Sully coule des jours paisibles en famille. Le retour de vieux ennemis va le forcer à faire un choix radical afin de protéger les siens.

Pour une majorité du public, James Cameron incarne la démesure sur et en dehors du grand écran. Artisan majeur de l’avancée technologique au cinéma, Méliès contemporain, l’homme a souvent pris des risques inconsidérés depuis Terminator 2 pour proposer un spectacle sans cesse plus élaboré, quitte à tout perdre. Jusqu’à présent, la réussite lui a toujours souri puisque Terminator 2, Titanic et bien sûr le premier volet d’Avatar ont réalisé des scores démentiels au box-office mondial (d’ailleurs Avatar est le film qui a engrangé les recettes les plus importantes de l’Histoire si on ne tient pas compte de l’inflation).

Bien entendu, son art n’est point exempt de défauts ; régulièrement, James Cameron, trop préoccupé par la prépondérance technique de son œuvre, oublie certaines vertus essentielles à une bonne mise en scène, à commencer par l’utilisation de la litote. En effet, si ses scénarios et sa narration s’avèrent fonctionnels, sa retranscription des émotions repose souvent sur des ficelles aussi grosses que ses effets spéciaux.

C’est pourquoi ses attaques récentes vis-à-vis des longs-métrages de super-héros relevaient de la mauvaise foi intellectuelle ; les reproches émis par le cinéaste à l’encontre de Marvel et de DC peuvent être également attribués à certains de ses films (hormis Abyss, sa véritable pièce d’orfèvre). Ainsi, James Cameron aurait peut-être dû se concentrer sur les défauts inhérents à ses travaux plutôt que de pointer ceux de la concurrence, mais c’est une autre histoire.

Les grands espaces et la 3D

Car pour l’heure, il faut s’intéresser au dernier projet de James Cameron, à savoir la suite d’Avatar, Avatar 2 : la voie de l’eau. Concernant son nouveau bébé, le cinéaste a déclaré qu’il s’agissait d’un pari très risqué et que le long-métrage ne serait pas forcément rentable à l’arrivée. Chassez le naturel et il revient au galop… Avatar 2 aurait bénéficié, comme son prédécesseur ou pour Titanic, d’un budget faramineux. Pour la bonne cause ? Si l’on tient compte de la démonstration visuelle accomplie par le metteur en scène, on peut alors effectivement de parler d’une bonne cause.

Avec Avatar premier du nom, James Cameron avait déjà offert à l’époque un exposé technologique inédit, notamment avec sa 3D hors norme. Et avec Avatar 2, le réalisateur récidive et fait preuve de cette habilité qui fait sa gloire depuis plus de trente-cinq ans avec une autre prouesse. Le long-métrage combine en effet habilement les technologies 3D et HFR au service d’une parfaite immersion dans l’univers de Pandora. Certes James Cameron ne filme pas les grands espaces de son monde avec le lyrisme d’un John Ford ou d’un Anthony Mann.

Cependant, le sens du détail, l’imagination fertile et la méticulosité du cinéaste font mouche lorsqu’il présente l’écosystème hybride d’une planète pas encore totalement polluée par la fourberie libérale. Car avec ces images d’une Pandora majestueuse, soumise aux lois naturelles et non industrielles, James Cameron véhicule son message écologique. Or au moment de transmettre son rêve d’un avenir meilleur pour l’humanité, le réalisateur fait-il enfin preuve de maturité ? Se déleste-t-il de cette mise en scène plombée qui dessert ses personnages et les liens les unissant ?

La tiédeur des sentiments

Pas vraiment puisque le cinéaste manque de finesse aussi bien au moment d’écrire ses personnages que lorsqu’il s’attarde sur leurs relations et leurs sentiments. Pourtant, James Cameron aurait pu également séduire avec le portrait de la famille Sully ou celui de la tribu qui les accueille, ainsi que le décor maritime qui les entoure. Cependant, le réalisateur préfère se servir d’un marteau pour illustrer ses intentions au lieu d’un scalpel.

Résultat, Cameron force l’émotion avec son dispositif lyrique prévisible. Jake Sully et les siens ne cessent de répéter que leur clan se serre les coudes, y compris au moment d’agir, ce qui ne manque pas d’agacer. En outre, le combat écologique du film souffre de la même maladresse, car le cinéaste n’emploie jamais la subtilité nécessaire pour faire réagir intelligemment le public. Oui, James, la chasse à la baleine est une ignominie, mais pour dénoncer de tels actes, prendre modèle sur La forêt interdite de Nicholas Ray aurait pu s’avérer judicieux.

Mais de temps à autre, Avatar 2 fait preuve d’une délicatesse que l’on attendait plus au milieu de cet appareil gargantuesque imposant, parfois étouffant. Ainsi, James Cameron bouleverse profondément quand il se focalise sur la destinée de Spider, sans doute le protagoniste le plus passionnant du long-métrage. Jamais intégré par les Na’vis ou par les humains, le jeune adolescent représente pourtant la passerelle entre les deux clans, bien plus que Jake Sully. Pour son premier grand rôle, Jack Champion tire son épingle du jeu dans la peau de métisse culturel, si bien que l’on aimerait que le metteur en scène s’appuie davantage sur le comédien lors des futurs volets de la saga.

Car bien entendu, d’autres épisodes sont planifiés pour la franchise Avatar. Ce faisant, James Cameron se soumet aux mêmes méthodes que la concurrence qu’il honnit. Et, si le cinéaste tient ses promesses en accouchant d’un divertissement grandiose sur le plan de l’image et du son, pas sûr, en revanche qu’il prenne totalement le pas sur ses rivaux ; Avatar 2, bien qu’efficace sur sa forme, transporte, mais ne transcende pas et surtout, ne devient jamais le chef-d’œuvre voulu par son créateur.

Film américain de James Cameron avec Sam Worthington, Zoé Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang. Durée 3h10. Sortie le 14 décembre 2022.

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture