La peur du peuple, l’histoire de la IIe République

Connue pour des biographies remarquées d’Hortense de Beauharnais (Perrin, 2016) et d’Agatha Christie (Perrin, 2019), Marie-Hélène Baylac a choisi ici de raconter avec La peur du peuple une histoire de la deuxième République née de la révolution de février 1848. Le titre, évocateur s’il en est, résume assez le but de l’ouvrage.

Un peuple ennemi des élites ?

En février 1848, le peuple de Paris réussit à abattre le régime de Louis-Philippe, roi bloqué dans ses certitudes et qui se refusait à certaines réformes. La République naît dans une grande illusion lyrique, entretenue par le poète Lamartine, et aussi fraternelle : on proclame la réconciliation entre la liberté et la religion, l’union des paysans et des ouvriers… Un moment illusoire, un peu comme la fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Car, en coulisses, de vieux routiers de la politique comme Adolphe Thiers attendent leur heure. La question sociale, avivée par la crise économique, entretient la peur des possédants. Pour répondre à la misère de la classe ouvrière (je renvoie au fameux rapport Villermé), les hommes de février créent les ateliers nationaux… supprimés dans un bain de sang en juin 1848.

Le choix de l’ordre

Pourtant, les hommes de 1848 ont beaucoup fait : suffrage universel, abolition de l’esclavage. Mais ils sont minés par leurs divisions. Surtout, le parti de l’ordre, animé entre autres par Thiers, intrigue en coulisses. Ils choisissent de miser sur Louis-Napoléon Bonaparte pour l’élection présidentielle de décembre 1848 en attendant une restauration monarchique. Ils se trompent en tout cas en sous-évaluant cet homme secret qui sait attendre son heure. La constitution de 1848 ne prévoit rien en cas de conflit entre l’assemblée et le président. Louis-Napoléon fera donc son coup d’état, prenant de cours Thiers qui voulait faire élire en 1852 un des fils de Louis-Philippe, le prince de Joinville (voire préparer son propre coup d’état). Et ce fut ensuite le second Empire.

Quelle période cependant et quels acteurs : des politiques mais aussi des écrivains comme George Sand, Hugo ou Flaubert. Très bon ouvrage.

Sylvain Bonnet

Marie-Hélène Baylac, La peur du peuple, Perrin, janvier 2022, 432 pages, 24 euros

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.